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Général Richard Rakotonirina – « Madagascar fait face à des pressions alliées »

Le  ministre  de  la  Défense  nationale  tenant  un  discours devant  les  nouveaux  diplômés  de  l’ACMIL,  hier.

La guerre en Ukraine et les enjeux qu’elle impose à Madagascar est le fil d’ariane du discours du ministre de la Défense nationale à l’ACMIL, hier. Une allocution à la veille de la sortie de promotion de cent trente-et-un nouveaux officiers.

«Madagascar subit maintenant des pressions. (…) ce sont ce que j’appelle des pressions alliées». Voilà la déclaration choc faite par le général Richard Rakotonirina, ministre de la Défense nationale, dans son allocution lors d’une cérémonie de remise de diplôme aux nouveaux officiers sortants de l’Académie militaire (ACMIL), d’Antsi­rabe, hier soir.

Fait incontournable du moment dans le domaine militaire, politique, géostratégique et diplomatique, la guerre entre la Russie et l’Ukraine est le fil directeur du message du ministre de la Défense nationale à l’endroit des nouveaux officiers de l’armée. Un message aux allures de dernier cours magistral pour les élèves officiers fraîchement diplômés qui se verront remettre officiellement leur galon durant la cérémonie du «Fandresena», ou Triomphe, aujourd’hui. Un message dit dans une allocution de plus de trente minutes.

Le général Rakotonirina qualifie ainsi de «pressions alliées», les appels des partenaires internationaux de Madagascar, «à prendre une position nette par rapport au conflit qui oppose l’Ukraine à la Russie». Dans son allocution, il s’est alors appliqué à exposer les enjeux de cette situation qu’il qualifie de «conflictualité imposée», sur la politique diplomatique de la Grande île et le rôle de l’armée et plus largement des Forces de défense et de sécurité (FDS), face à cette crise mondiale.

En réponse aux appels des partenaires occidentaux de condamner la Russie suite au conflit en Ukraine, le ministre Rakotonirina met l’accent sur l’historique de la coopération de Madagascar avec les Russes, notamment, dans le domaine de la Défense. Il rappelle que l’essentiel de l’arsenal militaire des forces armées malgaches vient de la Russie. Il ajoute qu’au moins, un millier d’officiers malgaches ont fait leurs armes dans l’ex Union des Républi­ques socialistes soviétiques (URSS).

Priorité

Le général Rakotonirina indique, du reste, que les relations entre les deux pays datent de cinquante ans. Une manière de dire que la coopération malgacho-russe n’est pas circonstancielle et qu’il est hasardeux de le mettre en péril du jour au lendemain. Le membre du gouvernement reconnaît, toutefois, que le conflit entre l’Ukraine et la Russie «est une guerre qui risque de durer, mais aussi une guerre qui risque d’impacter le monde entier, dont Madagascar».

Lucide donc, le ministre de la Défense nationale affirme que cette guerre à l’Est de l’Europe révèle «une brutale remontée des périls extérieurs». Qualifiant cet affrontement armé de conflit de haute intensité, il soutient, «nous devons faire face à la réalité d’un monde violent, même ici à Madagascar». Reprenant le terme «conflictualité imposée», il ajoute que son corollaire pour le reste du monde dont la Grande île sont les problèmes en approvisionnement, l’inflation, les problèmes sécuritaires et même des difficultés en matière de gouvernance.

Face aux difficultés engendrées par la guerre en Ukraine, notamment, sur l’approvisionnement en denrées et produits nécessaires au quotidien, ou encore, la hausse fulgurante du coût de la vie, des gouvernements se retrouvent dos au mur. Face aux nouveaux diplômés de l’ACMIL, le général Rakotonirina déclare alors que «la connaissance d’une menace existentielle impose, pour nous à Madagascar, de repenser notre défense».

Sur sa lancée, le ministre de la Défense nationale ajoute que «la priorité consiste à rétablir la capacité de garantir la sécurité de Madagascar et des Malgaches, ainsi qu’assurer la continuité de la vie nationale en toutes circonstances». Dans cette optique, ajoute-t-il, les forces armées ont deux objectifs, «sanctuariser les intérêts vitaux de la nation et protéger le territoire national et la population».

Le membre du gouvernement affirme ainsi que «rien ne doit compromettre notre capacité à assurer notre sécurité intérieure et extérieure, même les menaces dues à nos propres fragilités et surtout à nos adversaires endogènes». Par adversaire endogène, il entend, «les adversaires qui sont parmi nous, les citoyens malgaches qui prennent à partie les Forces de défense et de sécurité et les symboles de l’État». Il s’agit, de prime abord, d’une réaction à la conjoncture sociale et politique du moment. Un contexte dans lequel les FDS se retrouvent souvent prises à partie.

Les circonstances d’ordre global et leurs conséquences au niveau national imposent, selon le ministre de la Défense nationale, une planification des réponses sécuritaires. Cela prévaut même pour les ripostes aux invectives et manifestations publiques. Aux jeunes nouveaux officiers, le général Rakotonirina parle de réflexions nécessaires sur l’application de «ripostes graduées». Prenant l’exemple de la récente tragédie à Ikongo, il déclare, «nous ne pouvons pas tirer à balle réelle sur des manifestants qui avancent sur nous».

Dans son discours à l’Académie militaire, hier, le général Richard Rakotonirina souligne, en somme, que les constats à tirer du conflit en Ukraine imposent «à repenser le fonctionnement des armées et celui de l’État dans le domaine de la crise». Dans la conjoncture actuelle, «notre stratégie est fondée sur l’absence de menaces directes sur la nation, sur notre capacité de gestion de crise tout en tenant compte des phénomènes de pression et des lacunes capacitaires qui se sont accumulées», explique le membre du gouvernement.

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