Editorial

Sous douane

Un secret de Polichinelle. On a toujours su pourquoi les recettes douanières sont en deçà de ce qu’elles doivent être. La première chose qu’un nouveau pouvoir fait est de changer le directeur général de la douane. C’est, avant tout, un technicien mais à son corps défendant, il est devenu un outil politique par excellence. Il est censé satisfaire les caprices des dirigeants et de leurs proches même s’il n’a aucune appartenance politique. Celui qui ose refuser les ordres est directement relevé de ses fonctions. Le dilemme est, que devenir directeur général des douanes est la consécration d’une carrière pour un inspecteur. C’est ainsi pour depuis la seconde République.

On a eu beau changer de directeur général, d’introduire des scanners, de dématérialiser les procédures de dédouanement, de recourir aux outils les plus performants, rien n’y fit. Les recettes douanières et les recettes fiscales restent les ventres mous des finances de l’État. Curieusement, lors des échéances intermédiaires on annonce toujours que les recettes dépassent les prévisions. L’exercice de l’ancien directeur général des douanes incarcéré a été particulièrement salué par les bailleurs de fonds à l’instar du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale de par ses performances et en terme d’assainissement.

Le receveur de Toamasina également incarcéré est reconnu à l’unanimité aussi bien des usagers que des employés par sa droiture et son intransigeance. On a livré en pature des fonctionnaires qui sont loin de mener une vie de pacha à trois queues à en juger le montant astronomique annoncé au préjudice de l’Etat. Ils sont condamnés avant d’être jugés.

Que les recettes de la douane ne sont pas ce qu’elles sont, il s’agit plutôt d’un manque à gagner que de l’argent volé ou détourné. On connaît bien les grands fraudeurs à la douane qui sont les importateurs des produits de consommation, les trafiquants de bois de rose pour lesquels un transitaire incarcéré a rendu de bons et loyaux services avant de virer de bord et d’essuyer les foudres de ses anciens clients. Si l’Etat avait reçu ce qui lui était dû par les trafiquants de bois de rose ou de voitures de luxe en contrebande, on pouvait se passer des subsides des bailleurs de fonds et réaliser facilement tous les projets annoncés.

Assainir pour assainir, il faut donc attraper tous les coupables de quel bord qu’ils soient et ne pas rester au niveau des sous douanes.

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