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Impératif covidique

Le resserrement de l’étau de la crise sani­taire a rendu plus audible notre propension atavique à toujours solliciter la main bienveil­lante de l’État pour nous tirer des bourbiers de la vie. Rien d’étonnant quand on dissèque les paroles des bruyantes berceuses propagandistes qui enjôlent le discernement de ceux qui décident de l’avenir du pays (les électeurs) à chaque période de campagne électorale. Un point de convergence des candidats (du moins les « favoris »): l’inévitable promesse d’un État-providence poussé à l’extrême, qui garantira confort et prospérité pour tous les ménages. Cette image illusoire de l’État est alors profondément ancrée dans la conscience collective nationale.

Quoi de plus normal qu’un rappel de ce serment qui devrait obliger l’heureux élu à assurer à ses conquêtes l’attention permanente, la protection inconditionnelle de la main paternelle du chevalier servant. Et quand l’illusion s’estompe et que tombe le masque de celui à qui ont été confiées les clés, on se rend compte, toujours trop tard (malgré les leçons du passé), que celui-ci n’était qu’un dragueur ordinaire, le genre qui fait tomber les barrières de notre cœur par les projectiles des promesses (pas toutes faites pour être tenues) qui parlent à notre sensibilité. Le mal est fait et l’âme de l’État est pervertie: à en croire les doléances de ceux qui font face aux aléas cruels de la vie, … l’État a pour devoir principal de résoudre tous leurs problèmes.

Et un grand problème international, un virus qui fait dérailler le monde, met à mal l’État qui, pour certains, dont la conception des devoirs de l’État est indissociable de la charité, a échoué. Étant débarrassés de la chimère de l’État-providence, à nous de réfléchir à nos devoirs. Quelle est ma part de responsabilité dans cette guerre contre l’actuel ennemi mondial numéro un?

Les actions de l’État ne dépendent pas de nous et on ne peut pas agir sur elles. Mais qu’est-ce qui dépend de nous? Une question qui exhume la morale stoïcienne, dont l’évocation est favorisée par la conjoncture, qui appelle à la responsabilité de chacun et qui nous invite à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Ce qui dépend de nous, c’est notre conduite face à la pandémie.

Comment je dois me comporter? « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle. » Ainsi se formule l’« Impératif catégorique » de Kant. Analysons nos actions à l’aune de l’universel. La tentation de céder aux passions inassouvies est grande mais si tout le monde y succombait? Je veux assouvir mon envie irrépressible d’inviter mes amis à une fête, d’organiser des réunions de famille, … Mais quelles seraient les conséquences, sur les chiffres de l’épidémie, si tout le monde se laisse ainsi dominer par les caprices du cœur?

D’autres types de question : si tout le monde, qui selon Rousseau a « une volonté particulière, contraire ou dissemblable à la volonté générale qu’il a comme citoyen » (in Du Contrat social, 1762), se laissait guider par la raison qui place l’intérêt commun avant la volonté particulière, en érigeant les gestes barrières, la distanciation sociale, le port du masque, le lavage systématique des mains, … en automatismes universaux le temps que dure la pandémie. La même question se pose: comment seraient alors les tendances affichées sur le graphique de l’épidémie?

Ne pas toujours attendre passivement le secours de l’État surtout quand on peut, nous-mêmes, sauver ce qui peut encore l’être.

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