Editorial

V’iles éparses

La France va-t-elle restituer les îles malgaches de l’océan Indien, comme par enchantement, d’ici un an? C’est trop beau pour être vrai. Andry Rajoelina va t-il réussir là où Raymond Ranjeva et Ratsiraka réunis ont échoué depuis 1973 avec un puissant lobbying pour arriver à la résolution de l’ONU en 1979. Il prétend, en tout cas, réaliser ce que tous les dirigeants successifs n’ont pas fait en 60 ans. S’il suffisait de demander à la France dans un discours officiel pour régler le problème, il ya longtemps que ces îles auraient été restituées. Le président Tsiranana aurait pu les réclamer à De Gaule dans le package du retour de l’indépendance mais il n’y a pas pensé. Ratsiraka aurait pu le faire facilement quand Mitterrand était au pouvoir, à défaut de l’avoir réclamé lors de la révision des accords de coopération franco-malgache en 1973 à l’instar de la base de Diego en 1973. Rajaonarimampianina en touchait mot à François Hollande mais la commission mixte annoncée en 2016 n’a jamais travaillé.
La position de la France n’a jamais changé quelle que soit la nature du régime au pouvoir. Peut-être qu’elle a désormais changé d’avis avec un Président que l’ambassade de France avait hébergé pendant le coup d’État de 2009 et qui a réussi a déboulonné Ravalomanana, auteur de l’expulsion d’un diplomate français. L’affinité manifeste entre le président français Emmanuel Macron et son homologue malgache aurait -Il facilité les choses ? C’est probable, toujours est-il que les négociations ne font que commencer et qu’une restitution ne se fera pas par une décision personnelle de Macron, encore moins par ordonnance. Dans certains milieux politiques français, la levée de bouclier a déjà commencé dès l’annonce d’une possible restitution.
Le ministre des Affaires étrangères semble déjà opter pour une co-gestion pure pour diverses raisons. Il réalise la difficulté de la démarche sachant que la France ne laissera pas sa proie pour l’ombre. Ce qui est certain, c’est qu’une éventuelle restitution ne sera pas gratuite. Est-ce que l’État a l’intime conviction qu’il est nécessaire de restituer ces îles ou il s’agit tout simplement d’une façade ou d’une diversion comme la restauration de Manjakamiadana pour taper dans l’œil de l’opinion, à défaut des projets mirobolants du velirano?
Si oui, qu’avons-nous à offrir pour que la France rende ces îles se trouvant à 10.000 km de Paris et naturellement et originel­lement malgaches ? Il est peu probable que les négociations se déroulent sur le même niveau, d’égal à égal.
Il était plus facile de réclamer ces îles, il y a 50 ans que maintenant. Il faudra peut-être attendre 50 ans pour qu’on soit de taille à toiser la France. Qu’est-ce que le pays le plus pauvre au monde a comme moyen de pression pour parvenir à recouvrer ses biens ? Est-ce, d’ailleurs, la priorité des priorités alors que les problèmes fondamentaux de la population sont plutôt basiques et élémentaires. À moins d’y construire la nouvelle ville.Le référendum qu’on aurait dû organiser est peut-être relatif à la restitution de ces îles ou pas. On aurait su si la question concernait autant la population que les législatives.

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