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Laconisme – Le beau et le spirituel

Spirituel et matériel : un résumé un peu naïf de la nature humaine. Cette dernière, étant encore un sujet sensible, provocatrice de sempiternels débats philosophiques, n’occupera pas le foyer central de cette chronique. Revenons à l’esprit et la matière, le génie intellectuel et la beauté matérielle. Ces deux objets de quête sont souvent inhérents à l’image du fils ou de la fille idéal(e) : un beau corps comme écrin d’un bijou abstrait mais brillant que le commun des mortels appelle intelligence.
Répondant à ce souci, la belle Isadora Duncan, la danseuse-star du début du XXe siècle, aurait courtisé l’écrivain George Bernard Shaw. L’argument ultime auquel elle a eu recours, est resté dans les annales : « Voudriez-vous être le père de mon prochain enfant ? Une combinaison de ma beauté et de votre cerveau impressionnerait le monde ». George Bernard Shaw, qui n’était pas lauréat du Prix Nobel de Littérature pour rien, sortit une réplique qui fit mouche : « Je dois décliner votre généreuse offre, car l’enfant pourrait avoir ma beauté et votre cerveau. »
La nature humaine a toujours été sensible à la notion insaisissable du beau : une source de questions au caractère évanescent et dont chaque apparition, aussi éclatante que déroutante, nous confronte à un mystère insondable depuis l’éclosion du sens esthétique de l’être humain. Les penseurs, issus de courants variés, n’ont jamais réussi à capturer son sens.
Lorsque le difforme Socrate demanda à Hippias la définition du beau, la réponse a été un exemple particulier: « Le beau, c’est une belle jeune fille ». Hippias n’était pas le plus bête des hommes, sa réponse est représentative de la limite de la raison humaine qui n’a jamais réussi à monter jusqu’à l’idée générale du beau: notre perception se limite à l’expérience de cas particuliers sans jamais parvenir à saisir une définition globale de la beauté.
Dans Le Mépris (J.-L. Godard, 1963), Brigitte Bardot, pour s’assurer que les regards qui se posent sur son anatomie vivent l’expérience de la beauté, bombarde Michel Piccoli de questions comme : « tu les trouves jolis, mes pieds ? Et mes seins tu les aimes ? Et mon visage ? ». Le beau ne peut être appréhendé que par l’intermédiaire de ses miroirs qui renvoient des reflets éphémères de son essence : le corps d’une belle femme, une œuvre d’art,… de beaux édifices comme une EPP qui se veut conforme aux normes, …
Personne ne peut contester l’importance de l’éclat du beau dans l’enclenchement du turbo du moteur de l’avancement. Dans Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre raconte le jour où il a, malgré lui, fait pleurer sa mère qui a découvert la laideur de son fils une fois sa longue chevelure blonde sacrifiée. Une « petite merveille » a été confiée à son grand-père, « il avait rendu un crapaud : c’était saper à la base ses futurs émerveil­le-ments. » Mais ce que le physique lui a refusé, l’esprit le lui a donné : Sartre était riche en qualités intellectuelles. En dépit de son apparence non avantageuse, il a pu se forger une réputation de séducteur grâce à son génie.
Ne pas ignorer les avantages indéniables que peut procurer le statut inestimable d’ambas­sadeur de la beauté. Ne pas sous-estimer le secours indispensable de l’esprit pour faire jaillir les rayons de lumière qui donnent son côté attractif indélébile au beau sujet, une qualité primordiale pour tout aspirant à l’épanouissement. La beauté de Christian, sans l’aide de l’esprit de Cyrano, aurait-elle suffi à faire se pâmer Roxanne dans Cyrano de Bergerac (E. Rostand, 1897) ?
Il semblerait qu’on ait compris l’importance de bâtir des infrastructures dont la vision active notre sensibilité en la faisant frôler la notion du beau. Mais a-t-on compris que le beau est condamné à sombrer sans l’entretien tiré d’un travail spirituel de qualité ? Les regards conquis, qui se tournent machinalement, ne garantissent pas la contribution de l’EPP-star du moment à la sortie du tunnel de l’ignorance, tant que l’esprit de l’enseignement est maintenu dans cette dégringolade continue.
D’accord pour les travaux d’ordre esthétique mais n’oublions pas que la misère et nos différents soucis quotidiens ne sont que les fruits de la mauvaise graine spirituelle, mentale qui constitue la racine de tous nos maux.

par Fenitra Ratefiarivony

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