Chronique de Vanf

Citroën : Rendez-vous à Tananarive !

Au hasard de mes lectures (4×4 Magazine de février 1997), je suis tombé sur ce «Carnet de piste» contant «La croisière noire» avec ce titre à mes yeux impossible à rater : «Rendez-vous à Tananarive».

Dans les années 1920, Louis Renault (1877-1944) et André Citroën (1878-1935) étaient les deux grands rivaux de l’industrie automobile française. Chacun voulut démontrer la supériorité de ses engins à l’épreuve des pistes africaines ou asiatiques. Ce 22 mars 1925, ce sont des auto-chenilles Citroën qui partent de Buta (Congo) en direction de Kampala (Ouganda), terminus de l’expédition groupée.

Le 19 avril 1925, la croisière se scinde en quatre groupes : le premier pour Mombassa (équipe Audouin-Dubreuil qui rallie Majunga à bord du «Dumbéa», le 18 mai), le second en direction de Dar-es-Salam (équipe Battembourg, arrivée 13 mai), le troisième à destination de Mozambique (équipe Georges-Marie Haardt, arrivée sur l’île de Mozambique le 14 juin, et embarquée à bord du «Maréchal Gallieni») et le dernier (équipe Brull) qui n’atteindra Le Cap que le 1er août. Après la traversée du Canal de Mozambique, Majunga sera le point de ralliement général à Madagascar.

Entre Majunga et Maevatanàna, les équipages de la croisière Citroën avaient dû s’improviser pontonniers ou bateliers. Sept ans plus tard, en 1932, une torpédo Chevrolet allait accomplir en dix heures les 590 kilomètres entre la Capitale et Majunga. Le passage du Betsiboka (km 360) et du Kamoro (km 417) s’opérant, non plus à gué, mais sur des «bacs robustes». Le voyageur, en l’occurrence Henri de Busschère, imprimeur-gérant du «Madagascar Illustré», raconte le travail quotidien de cantonniers «sans qu’on puisse savoir, d’où ils sont venus ce matin, où ils mangeront et vers quel trou ils iront dormir». En 2019, de cantonniers, on n’en rencontre plus guère sur la route de Majunga. Par contre le «mistral» glacial sur le plateau du Tampoketsa ou la terre noire des feux de brousse demeurent d’actualité. Partis à 4 heures de la Capitale, ils effectuent une première halte à Mahatsinjo (kilomètre 203 en 1932 : PK 194 depuis des rectifications de tracé puisqu’en 1932, Ankazobe se trouvait encore au km 120). Aujourd’hui, les voyageurs s’arrêteraient plutôt une première fois à Manerinerina. Déjà, pour son voyage de juin 1898 vers Majunga, le général Gallieni raconte avoir passé la nuit à Manerinerina, alors village militaire. Mahatsinjo, détaille-t-il, avait été construit par le lieutenant-colonel Lyautey «pour rendre praticable aux Européens la traversée de la région désertique qui s’étend entre Ankazobe et Andriba». Il est remarquable que ce même sentiment de solitude désertique perdure depuis 1898 (Gallieni), 1932 (de Busschère) et…2019.

Le témoignage des équipages de la croisière Citroën de 1925 semble donc faire foi, à moitié : «Pour les six premières voitures, c’est la marche triomphale, pas toujours facile d’ailleurs, puisque aucune route ne relie Majunga à la capitale. Alors, une dernière fois, on remettra le métier sur l’ouvrage, de plaines en collines, avant d’apercevoir «le Village aux mille maisons».

Ce que ne dément pas non plus Gabriel Hanotaux en introduction de «Gallieni : Neuf ans à Madagascar» (Hachette, 1908) : «De Tananarive à Majunga, par la Betsiboka, une route est aménagée sur plus de 300 kilomètres» (p.X). Gallieni était cependant fier de son œuvre : «On avait pu ouvrir avant la fin de l’année (1897) les communications entre Maevatanàna et Tananarive. Le 10 novembre, 24 voitures, venant directement de Maevatanàna, firent leur entrée dans la capitale» (Neuf ans, p.117). Encore, en septembre 1900, à bord d’une Panhard-Levassor de 6 CV, Gallieni ne put faire en voiture que les les 350 kilomètres Tananarive-Ankazobe-Mahatsinjo-Maevatanàna. Il lui avait fallu 18 heures, réparties en trois demi-journées.

En 1932, les hydroglisseurs avaient pour terminus la ville de Maevatanàna (km 346) : ils assuraient la liaison fluviale par le Betsiboka depuis Majunga. Avec la construction des ouvrages d’art sur le Kamoro et le Betsiboka (travaux de maçonnerie confiés à la Société industrielle et foncière de Madagascar et des Colonies, partie métallique à la charge de maison Leinkugel Le Cocq et Fils), l’achèvement complet se fera en 1933. Entretemps, le 20 juin 1925, la croisière Citroën avait atteint Antananarivo.

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