TRAFIC D'ESPÈCES PROTÉGÉES - Madagascar en tête de liste


À l’occasion de la journée mondiale de la vie sauvage, WWF publie un communiqué avec des données accablantes sur Madagascar. Il rapporte que de 2005 à 2020, 64% des espèces protégées saisies au niveau mondial proviennent de Madagascar. Dramatique. C’est peu de le dire, face à la lecture du communiqué publié par le Fonds mondial pour la nature - Madagascar (WWF Madagascar), hier. En somme, la missive souligne que la Grande île est “un vivier” du trafic d’espèces protégées, au niveau mondial. L’existence du trafic des espèces endémiques malgaches, au niveau local et à l’international, malheureusement, n’est plus une information en soi. Seulement, les chiffres avancés par le communiqué de WWF Madagascar sont effarants. Faisant écho des statistiques établies par TRAFFIC, un réseau international de surveillance du commerce de la faune et de la flore sauvages, la branche malgache du Fonds mondial pour la nature rapporte que 64% des espèces protégées saisies au niveau mondial proviennent de la Grande île. “Selon TRAFFIC [un réseau international de surveillance de la faune et de la flore sauvages] cent-vingt-et-un saisies ont été effectuées entre 2005 et 2020, au niveau mondial, représentant 144.478 spécimens, principalement des bois précieux, des reptiles, des amphibiens et des hippocampes. 64% de cette saisie proviennent de Madagascar, dont 30.875 tortues”, sont les termes du communiqué de WWF Madagascar. Mettant l’accent sur le cas des tortues, notamment de la tortue radiée, l’organisation ajoute, “le trafic prolongé de cette espèce risque de mener à son extinction d’ici 2050, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)”. Pour les cas des bois précieux, que sont le bois de rose, le palissandre et le bois d’ébène, TRAFFIC parle de “trois-cent cinquante mille arbres abattus illégalement à l’intérieur des aires protégées et au moins 150 000 tonnes de grumes sujets à l’exportation”. Ce communiqué est publié à l’occasion de la journée mondiale de la vie sauvage. Une vie sauvage en grand danger dans la Grande île, à s’en tenir au texte. “Toute la vie sauvage de notre île s’éteint à une vitesse fulgurante, malgré le rôle essentiel qu’elle joue sur l’équilibre de la vie humaine”, alerte WWF Madagascar. Il identifie “la corruption”, comme cause majeure de cette situation. “La corruption élevée dans le pays, (...) contribue fortement à fructifier davantage ce marché illicite”, plaide WWF Madagascar. Harmonisation impérative La corruption favorise les cas d’exportation illicite des espèces protégées. En découle un futur dramatique pour la tortue radiée. Son inscription à l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages (CITES), n’empêche pas le trafic international de prime abord. Cette annexe I de la CITES interdit pourtant le commerce international des espèces animales et végétales les plus menacées. L’inscription à l’annexe III de la CITES, qui impose un permis préalable pour son commerce international, permet jusqu’ici de juguler l’effusion de trafic de bois précieux. Outre le trafic international pourtant, il y a aussi le commerce illicite au niveau national. Cela concerne tout autant le bois que les espèces animales. Prenant l’exemple de la tortue radiée toujours, WWF Madagascar déplore que “beaucoup de familles malgaches possèdent probablement une tortue radiée, sans savoir que c’est un délit”. Il s’agit d’autant plus d’une inconscience vis-à-vis de l’écologie. “(...) la domestication accrue des tortues se fonde sur des croyances quant à leurs vertus thérapeutiques, notamment contre l’asthme, ou d’autres pouvoirs bénéfiques qui leur sont associés”, regrette le Fonds mondial pour la nature. Des croyances en des vertus ou encore des goûts gastronomiques qui sont aussi les principales causes du trafic à l’international, le plus souvent à destination de l’Asie. La corruption n’est toutefois qu’un aspect des causes du déclin de la biodiversité, comme constaté à Madagascar. La pression des activités humaines sur l’habitat naturel des espèces sauvages en est aussi une cause importante. Outre les cas délibérés d’activités illicites à grande échelle, à Mada­gascar, ces activités humaines découlent souvent d’une nécessité de survie, cependant. Comme lorsque des autochtones défrichent la forêt ou font de la culture sur brûlis pour élargir leur espace agricole, dans l’espoir d’augmenter les récoltes. La réalité de la Grande île démontre qu'il est impératif d’harmoniser la protection de la nature et le déve- loppement économique. Un sujet au centre des débats du “One forest summit”, qui s’est tenu à Libreville, Gabon, mercredi et hier. L’idée est de pénaliser le plus durement possible les activités néfastes à l’environnement. Comme concédé dans la capitale gabonaise, les risques de protection de l’environnement risquent d’être vains, sans prendre en compte le volet économique. La question de la rentabilité, non seulement au niveau étatique, mais surtout pour les autochtones qui contribuent à l’amélioration de leurs conditions de vie, doit ainsi être soulevée. Une équation à priori complexe, mais qu’il faut résoudre rapidement pour arrêter le compte à rebours de l’extinction.
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