Chronique

Ambohitraivo : ce qu’il en reste

L’attachement à son Collège peut intriguer. Tous les souvenirs n’y furent pas bons. Mais, comme la nostalgie se nourrit uniquement des bons souvenirs, ceux-ci sont idéalisés et sublimés.

Pendant qu’à dix mille kilomètres d’Amparibe, les Anciens de Saint-Michel en France organisaient leur assemblée générale, les Anciens au pays effectuaient le reboisement annuel : un devoir citoyen devenu crucial sur une île qui a perdu 44% de ses forêts naturelles, ces 60 dernières années (source : Cirad juin 2018). Cette mauvaise gouvernance écologique et forestière est illustrée par l’absence de carte exhaustive du couvert forestier depuis l’an 2000, comme ce fut le cas auparavant depuis 1953 . Mais, reboiser, c’est bien. Entretenir les fôrets, c’est encore mieux.

Or, quand les Anciens de Saint-Michel sont arrivés à Ambohitraivo (à cinq kilomètres de Mahitsy par la nouvelle «Route des oeufs», dix-neuf kilomètres de petite autoroute offerts par la Chine, dont l’empreinte se retrouve dans ce nom imagé qui nous a valu hier et nous vaudra demain la «route de la soie»), grande fut la surprise (et la colère) de voir l’ancien site de reboisement occupé par des habitations.

Cette démographie humaine galopante ne respecte décidément rien. Au mieux, pour son agriculture, l’humain déforeste. Au pire, par paresse ou prédation, des forêts entières partent en charbon ou sont découpées pour leur bois précieux. Parce que les humains fragmentent les forêts, de nombreuses espèces animales endémiques sont menacées d’extinction : le déjà mince corridor forestier est encore morcelé en îlots endogames dans lesquels les animaux dégénèrent ou disparaissent par consanguinité.

À Ambohitraivo, les plus Anciens se souviennent sans doute de ce qui fut le «terrain». Il faut désormais en parler au passé parce que la pression humaine se rapproche dangereusement. La propriété, acquise par les Jésuites en 1920, est envahie par le Fokonolona. En pareil cas, il est devenu classique pour les usurpateurs d’invoquer un «tanindrazana», terrains ancestraux : ce qui est pour le moins suspect, aucune revendication de leur part n’ayant eu lieu entre 1920 (implantation des Jésuites) et 2009 (expulsion des squatters).

Notons que le monastère d’Ambohimanjakarano a été construit en 1954 sur un terrain cédé par les Jésuites aux moines Bénédictins. Des soeurs bénédictines, d’abord établies à Befandriana-Nord en 1973, ont également rejoint Ambohitraivo en 1997 rognant un peu plus la propriété des Jésuites.

Un pèlerinage s’impose pour les Anciens. La belle forêt aux arbres hauts et droits est attaquée en son sein même. Pendant que les Anciens reboisaient un kilomètre plus loin, ici, le sol porte les traces calcinées de fours à charbon. Et plusieurs moignons témoignent du passage de bûcherons.

À Ambohitraivo, paradoxe et ironie, le refus dogmatique du Vatican de limiter les naissances ou de recourir à la contraception, menace d’abord les Jésuites qui ont donné à Madagascar ses quatre premiers «Monseigneurs» : Jean-Baptiste Cazet (1885-1911), Henri de

Lespinasse de Saune (1911-1928), Étienne Fourcardier (1928-1947) et Victor Sartre (1948-1959). À ceux d’Ambohitraivo, de Mahazaza, et de partout ailleurs à Madagascar, il faut leur apprendre à apprendre : que les naissances se maîtrisent, se contrôlent et se limitent ; que la forêt n’est pas une propriété publique où tout le monde se servirait à volonté ; que l’abattage d’un arbre doit être accompagné de la plantation d’au moins trois autres. À Ambohitraivo, nous serons bientôt loin du compte.

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