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Chronique

Grand Sud: urgence permanente

Appel éclair conjoint novembre 2018 – avril 2019, «Madagascar Grand Sud»: une femme, un genou à terre, récoltant quelques feuilles dans un champ, son gosse en pleurs dans son dos. Flash Appeal, «Madagascar Grand Sud», janvier-mai 2021: une femme puisant de l’eau boueuse dans des flaques sur une piste empruntée par des voitures et des motos.

Nous sommes dans le «Grand Sud», composé des districts de Betioky, Ampanihy, Beloha, Tsihombe, Bekily, Ambovombe, Amboasary, auxquels est venu s’ajouter celui de Betroka dans le Flash Appeal de 2021.

En 2018-2019, comme en 2021, les objectifs stratégiques n’ont pas changé: éviter les pertes en vies humaines chez les enfants de moins de 5 ans, chez les femmes enceintes et allaitantes; améliorer la sécurité alimentaire et la restauration des moyens de subsistance des ménages les plus vulnérables; assurer la continuité des services sociaux.

La sécheresse qui frappe le Grand Sud est un problème météoro­logique connu: «La principale cause de cette situation est le déficit pluviométrique prolongé, durant presque toute la campagne agricole 2017-2018, et particulière­ment entre octobre 2017 et mars 2018». Aujourd’hui, on parle de la pire sécheresse depuis 10 ans ce qui n’empêche pas quelques situations paradoxales: si la sécheresse est installée, comment continuer d’incriminer les difficultés d’accès par les pistes durant la saison des pluies (novembre à avril)?

Pour améliorer un taux d’accès à l’eau potable dramatiquement bas (15%), on évoque la livraison d’eau en citerne et la distribution de kits: mais, cet expédient ne pourra pas être maintenu indéfiniment. Quand les infrastructures pérennes existent, il est question de mauvais fonctionnement, de manque de maintenance et de défaut d’entretien.

La chute drastique de la production vivrière (riz, maïs, manioc), de l’ordre de 50 à 85% entre 2017 et 2018, est palliée par la fourniture de kits scolaires et de matériels didactiques, accès à la cantine scolaire pour tous les enfants scolarisés. Solution circonstancielle que reconduisent inlassablement les organismes humanitaires.

Une étude conclut que si la mère a fréquenté l’enseignement secondaire, 94% des enfants ont la chance d’aller à l’école, tandis qu’ils ne seraient que seulement 54% si elle n’en a pas reçu du tout. La fourniture des services sanitaires essentiels (4ème objectif stratégique rajouté en 2021) concerne entre autres les urgences obstétriques et néo-natales.

Santé, Nutrition, Éducation, Hygiène, infrastructures, insécurité: sous couvert d’urgence, ces appels dressent chaque fois un tableau peu reluisant de la situation malgache. Ainsi, aucune amélioration, sinon une nette détérioration de la situation, entre l’Appel Conjoint de 2018-2019 et le Flash Appeal de janvier 2021, s’il ne fallait retenir que trois critères: défécation à l’air libre, mariage des enfants et démographie.

Le problème de la défécation à l’air libre est un trait moyenâgeux persistant que l’approche WASH (Water, Sanitation, Hygiene) déplore régulièrement sans avoir encore trouvé une solution.

«Les taux de mariages précoces des enfants dans les régions d’Androy (53,30%) et d’Atsimo-Andrefana (56%) sont plus élevés que la moyenne nationale (42,1%)». Et de noter, déjà en 2018-2019, que le mariage des enfants fait partie des pratiques du droit coutumier, particulièrement dans quatre régions: Androy, Anosy, Atsimo-Andrefana, Atsimo-Atsinanana». Ces pourcentages sont révus à la hausse en janvier 2021: Atsimo-Andrefana (58%), Androy (55%), Anosy (45%) tandis que l’on annonce une amélioration sur le plan national (37%).

Dans une situation de crise climatique et alimentaire durable, on note paradoxalement une augmentation du nombre d’enfants de moins de 5 ans, tandis que la littérature onusienne parle régulièrement de «femmes enceintes ou allaitantes». La population du Grand Sud concerné est passé de 1,63M à 2,78M; les personnes affectées de 890k à 1,27M; les personnes ciblées de 460k à 1,11M; la levée de fonds concernait 32,4M USD en 2018-2019 contre 75,9M USD en 2021.

Le réchauffement climatique et la désertification de nombreuses régions sont désormais des paramètres structurels. La question démographique se pose déjà avec acuité. Le discours politique et humanitaire devra l’affronter de front pour ne pas avoir à remplir un tonneau des Danaïdes, dans une situation d’urgence sans cesse recommencée.

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