Accueil » Editorial » Œil pour œil, doigt pour doigt
Editorial

Œil pour œil, doigt pour doigt

L’image donne des frissons sur les réseaux sociaux. Les quatre phalanges d’un gamin sectionnées à l’issue d’une tentative de vol dans le district de Manakara. Il a voulu ouvrir la targette d’une porte avec sa main de l’extérieur. De l’intérieur voyant les doigts du gamin cherchant le pêne de la targette, le propriétaire de la maison a tout simplement sectionné la main coupable avec un objet tranchant. Le résultat est implacable. Le gamin a perdu quatre phalanges. Le débat fait rage sur les réseaux sociaux. Les partisans de la loi de la Charia applaudissent à tout rompre. La loi du talion et la loi de la Charia se rejoignent, œil pour œil, doigt pour doigt. Les commentaires ne donnent pas place au jugement ni à la justice. Cette punition apprendra aux apprentis voleurs, cela servira d’exemple à tous les bandits. C’est bien fait. Il fallait être à la place du propriétaire pour comprendre la situation. Il n’avait pas à savoir qu’il s’agissait d’un gamin. Tout le monde aurait peut-être agi de la sorte étant donné qu’il s’agissait de choisir entre sa vie et celle du cambrioleur. Dans d’autres circonstances, le malfrat aurait fracassé la porte avec une barre à mine ou une pince coupante er n’aurait donné aucune chance au propriétaire et ses proches. Le cas s’est présenté des milliers de fois, les bandits ne se posent pas de question et évacuent tout cas de conscience en tirant à bout portant sur leurs proies.

Beaucoup de familles ont perdu un père, une mère, des enfants dans une attaque armée. Le plus souvent l’enquête n’aboutit à rien. Ou sinon les suspects sont relaxés purement et simplement ou au bénéfice du doute par la Justice. Justement certains gardiens de la morale font appel à la Justice pour arrêter l’auteur de ce « crime » abominable il faut le dire. Le cas est difficile à apprécier mais ceux qui tuent même des bandits à titre de légitime défense peuvent toujours être poursuivis pour meurtre. à preuve les auteurs de fitsaram-bahoaka finissent tous en prison quel que soit le motif. C’est l’essence d’un État de droit. Sauf que c’est à sens unique. Un État de droit doit être en mesure d’assurer protection de ses citoyens en tout temps et en tous lieux. Les forces de l’ordre sont censées devoir assurer la protection des gens ainsi que leurs biens. Une belle théorie frappée de désuétude ou de péremption depuis belle lurette. La population doit être sur le qui-vive partout où elle se trouve de jour comme nuit.

Le risque de se faire attaquer est permanent et omniprésent. Chez soi, dans la rue, au marché, dans le bus, sur un taxi-moto, à l’église, dans les toilettes publiques, dans les guichets automatiques des banques, au parking, au restaurant, à la sortie de l’école… les bandits montent la sentinelle partout. Aucun endroit n’est épargné. Il faut savoir se trouver au bon endroit au bon moment pour échapper à une attaque armée ou à l’arme blanche. La situation est la même dans toutes les grandes villes. Et pour le moment, le seul moyen de se défendre est de se barricader ou de se faire justice aux risques et périls des auteurs de la riposte. Mais aussi longtemps que la pauvreté étend son territoire un peu plus chaque jour, le mal ira crescendo. Cette image horrible de quatre phalanges sectionnées ne fera pas reculer les bandits de profession ou en devenir. C’est la situation qui les pousse à des actes désespérés et à quitte ou double. C’est un choix cornélien pour les deux parties. Une roulette russe.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter