Texto de Ravel

Une petite victoire pour les jeunes de Tanora Vonona Sahy

Le 25 avril 2019 a été célébrée la quatrième Journée africaine de la détention provisoire, qui est chaque année l’occasion de sensibiliser au sort tragique des milliers de personnes détenues sans procès, pendant de longues périodes, dans des prisons et des postes de police africains. En février 2019, la majorité des personnes détenues à Madagascar étaient en attente de leur procès. C’était le cas de 55 % des hommes, 69 % des femmes, 69 % des garçons et 72% des filles. Pourtant, la Constitution de Madagascar prévoit que la détention provisoire doit rester une mesure exceptionnelle. En raison d’un recours excessif à la détention provisoire, des milliers de personnes continuent de se morfondre dans les prisons malgaches sans avoir été déclarées coupables d’une quelconque infraction, a déclaré Amnesty International à l’occasion de la Journée africaine de la détention provisoire.

Le 25 Avril dernier, les jeunes de Tanora Vonona Sahy, un mouvement pour l’arrêt de la détention préventive abusive à Madagascar ont décidé de faire une lettre au Président de la République pour le solliciter à agir. Ces jeunes ont alerté le Président et la Première Dame sur la situation inhumaine que vivent notamment les femmes et les enfants en prison. Ils ont fait des suggestions, des recommandations et surtout, ils ont œuvré pour que Madagascar ne soit pas en reste par rapport à l’Afrique en termes d’humanisation des prisons et la justice dans le milieu carcéral.

En effet, six mois après la parution d’un rapport d’Amnesty International dénonçant le recours alarmant à la détention provisoire dans cet État insulaire, la situation a encore empiré et, en avril 2019, un étudiant a été retrouvé mort à l’issue d’une nuit de garde à vue. « Le recours excessif à la détention provisoire à Madagascar est injuste et abusif, et atteint aujourd’hui un niveau critique avec pas moins de 14 000 personnes concernées », a déclaré Deprose Muchena, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique australe. « La détention provisoire est essentiellement utilisée contre des personnes pauvres qui n’ont pas les moyens de payer un avocat pour les faire sortir de prison. Les autorités malgaches ne peuvent pas continuer à maintenir en détention des milliers de personnes n’ayant été reconnues coupables d’aucune infraction. »

En février 2019, on comptait dans les prisons du pays 14 067 personnes détenues dans l’attente de leur procès, soit une nette augmentation par rapport aux 11 703 recensées en octobre 2017. Le nombre de prisonniers et prisonnières en détention provisoire dépasse la capacité d’accueil totale des prisons malgaches, qui est de 10 600 détenus. À Madagascar, les détenus en attente de jugement sont incarcérés dans des conditions épouvantables, qui mettent leur vie en danger et sont loin de respecter le droit et les normes internationaux, régionaux et nationaux relatifs aux droits humains. Dans ce contexte, les violations de nombreux droits fondamentaux sont devenues monnaie courante : détention arbitraire, non-respect des garanties en matière d’équité des procès, violations de l’interdiction de la torture et des autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, etc.

Le 6 avril 2019, à Maroantsetra, un étudiant de 19 ans arrêté la veille car il était soupçonné de vol avec effraction a été retrouvé mort après avoir passé une nuit en garde à vue. Selon le rapport d’un médecin, le jeune homme a été battu à mort. Pour son rapport d’octobre 2018, Amnesty Interna­tional a recueilli des témoignages indiquant que les
policiers avaient souvent recours à la violence pour obtenir les « aveux » des suspects, afin de clore rapidement les dossiers. La population carcérale totale a augmenté, atteignant son plus haut niveau depuis 10 ans avec 24 928 détenus. La surpopula­tion et le manque d’hygiène, de nourriture et de soins médicaux sont devenus la norme.

Ce texto est écrit pour rendre à César ce qui est à César. Un grand merci et un grand bravo à ces jeunes Malgaches de Tanora Vonona Sahy. Sincère remerciement à toute l’équipe d’Amnesty international qui a fait voir au monde l’enfer sur terre dans nos prisons. La lutte continue.

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