Editorial

Horreur judiciaire

Révoltant. On le savait depuis un temps. Amnesty International et les organismes internationaux de protection des droits de l’homme l’ont dénoncé à maintes reprises mais il n’y a jamais eu de prise de mesure. Le président de la République Andry Rajoelina a également déploré le nombre abusif de détenus non jugés ou en détention préventive dans les prisons surpeuplées et a ordonné la tenue d’audiences foraines qui n’a pas été suivi d’exécution.

Il a donc fallu qu’il se rende lui-même à Antanimora pour régler les problèmes. D’aucuns lui reprochent de se substituer au pouvoir judiciaire mais on peut dire que s’il ne s’y était pas rendu, des détenus qui sont là depuis 36 ans comme cet opérateur condamné pour avoir exporté du bétail parmi lequel certaines têtes n’avaient pas de papier, un autre âgé de 67 ans dont 34 passés à Antanimora pour un délit qu’il dit ne pas avoir commis, une femme avec un bébé né en prison en détention provisoire depuis dix mois pour la mort du chien de son patron, et on en passe et des meilleurs y seraient encore restés.

La visite de Rajoelina aura surtout permis de voir dans quel état se trouve la justice même si on sait qu’elle est minée par la corruption, tout comme la gendarmerie selon le rapport annuel du Bianco. Rajoelina a accordé la grâce présidentielle à quelques cas particuliers mais il a aussi donné ordre au ministre de tenir les procès de ceux qui sont en détention préventive à partir de lundi jusqu’au 15 décembre.

Des inégalités de traitement criantes, des peines abusives, des jugements partiaux… ont été mis à nu au cours de cette visite dans une prison pour huit cents détenus mais qui en héberge le quadruple. Comment peut-on incarcérer quelqu’un pour la mort d’un chien? Difficile de ne pas penser que la corruption a tout fait depuis l’enquête jusqu’au procès. C’est ainsi que cette visite ne doit pas rester sans suite et n’avoir que l’effet d’un dérivatif à un moment où le problèmes de délestage, de manque d’eau… secouent encore la population. Il faut instaurer un système de jugement pour mettre fin à la mise en détention préventive systématique. Sinon il y aura encore plus de nouveaux détenus que de graciés.

Rajoelina a également vu l’état crasseux et lugubre de la prison d’Antanimora insupportable pour beaucoup de détenus dont certains crèvent avant d’avoir purgé leur peine. Eh oui, entre une prison et un mouroir, il n’y a pas la moindre nuance.

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