Ceux qui ont connu un parcours scolaire qui a atteint les ultimes étapes qui précèdent le bac ont tous connu cet instant décisif d'un choix d'orientation, ce moment crucial où l'on décide d'intégrer l'une des grandes familles, avec une direction, un chemin, des buts dont l'éloignement avec ceux de la famille opposée peut provoquer l'éclatement des antagonismes. Cette phase est également celle de l'adhésion à l'un des deux camps dont la querelle continuera d'enflammer les débats jusqu'au terrain des études supérieures. Sur ces champs de bataille, le protagoniste « littéraire » est l'objet constant de moqueries de l'adversaire « scientifique », issu de la série C ou de la série D, pour qui la série A est là où atterrissent les « faibles ». L'arène politique nous tient peut-être en haleine en ce moment. Mais le milieu scolaire peut également accueillir une lice qui fait office de théâtre de conflits, essentiellement verbaux, opposant les « scientifiques » aux « littéraires ». À Madagascar, les meilleurs éléments de la première famille ont acquis les fondamentaux, les principes du langage rationnel de la science et sont pourvus des munitions de la rigueur mathématique, alors que certains majors de l'autre camp ne maîtrisent même pas les bases de la rhétorique, algèbre de la littérature, et ne connaissent aucune des figures de style qui font la beauté des équations littéraires, à cause d'un programme qui fait la part belle aux langues plutôt qu'aux livres, lieux de travail et de loisirs du véritable littéraire. Cursus à revoir pour rétablir l'équilibre. Un équilibre qui devrait transcender les conflits et apporter plus de compréhension et une perception plus profonde de la complexité du monde qui est, selon les affirmations de Nietzsche dans La Naissance de la tragédie (1872), le lieu de rencontres d'Apollon et de Dionysos. Le premier représente l'ordre rationnel et harmonieux si cher à la raison scientifique, tandis que le second incarne la subjectivité de la passion et de l'expression artistique, de l'imagination créatrice qui anime l'esprit littéraire. Vivre la complémentarité des deux pôles est le secret d'une existence épanouie, où la force de la raison n'exclut pas la sensibilité littéraire et artistique, offrant l'accès à une vision riche de la complexité du monde et de sa beauté potentielle. On ne peut évoquer ce sujet sans mentionner le roman La fille parfaite (N. Azoulai, 2022), qui relate l'amitié qui lie Adèle, une mathématicienne promise à la médaille Fields, à Rachel, une écrivaine destinée à recevoir les plus prestigieux prix littéraires. Au-delà de leur histoire faite de ruptures et de drames, on peut surtout retenir ces mots qu'Adèle adresse à Rachel : « Considère qu'on est deux filles d'une seule et même famille : l'une sera mathématicienne et l'autre grammairienne. Nos parents auront le sentiment d'avoir accompli une sorte de progéniture parfaite… »
Ceux qui ont connu un parcours scolaire qui a atteint les ultimes étapes qui précèdent le bac ont tous connu cet instant décisif d'un choix d'orientation, ce moment crucial où l'on décide d'intégrer l'une des grandes familles, avec une direction, un chemin, des buts dont l'éloignement avec ceux de la famille opposée peut provoquer l'éclatement des antagonismes. Cette phase est également celle de l'adhésion à l'un des deux camps dont la querelle continuera d'enflammer les débats jusqu'au terrain des études supérieures. Sur ces champs de bataille, le protagoniste « littéraire » est l'objet constant de moqueries de l'adversaire « scientifique », issu de la série C ou de la série D, pour qui la série A est là où atterrissent les « faibles ». L'arène politique nous tient peut-être en haleine en ce moment. Mais le milieu scolaire peut également accueillir une lice qui fait office de théâtre de conflits, essentiellement verbaux, opposant les « scientifiques » aux « littéraires ». À Madagascar, les meilleurs éléments de la première famille ont acquis les fondamentaux, les principes du langage rationnel de la science et sont pourvus des munitions de la rigueur mathématique, alors que certains majors de l'autre camp ne maîtrisent même pas les bases de la rhétorique, algèbre de la littérature, et ne connaissent aucune des figures de style qui font la beauté des équations littéraires, à cause d'un programme qui fait la part belle aux langues plutôt qu'aux livres, lieux de travail et de loisirs du véritable littéraire. Cursus à revoir pour rétablir l'équilibre. Un équilibre qui devrait transcender les conflits et apporter plus de compréhension et une perception plus profonde de la complexité du monde qui est, selon les affirmations de Nietzsche dans La Naissance de la tragédie (1872), le lieu de rencontres d'Apollon et de Dionysos. Le premier représente l'ordre rationnel et harmonieux si cher à la raison scientifique, tandis que le second incarne la subjectivité de la passion et de l'expression artistique, de l'imagination créatrice qui anime l'esprit littéraire. Vivre la complémentarité des deux pôles est le secret d'une existence épanouie, où la force de la raison n'exclut pas la sensibilité littéraire et artistique, offrant l'accès à une vision riche de la complexité du monde et de sa beauté potentielle. On ne peut évoquer ce sujet sans mentionner le roman La fille parfaite (N. Azoulai, 2022), qui relate l'amitié qui lie Adèle, une mathématicienne promise à la médaille Fields, à Rachel, une écrivaine destinée à recevoir les plus prestigieux prix littéraires. Au-delà de leur histoire faite de ruptures et de drames, on peut surtout retenir ces mots qu'Adèle adresse à Rachel : « Considère qu'on est deux filles d'une seule et même famille : l'une sera mathématicienne et l'autre grammairienne. Nos parents auront le sentiment d'avoir accompli une sorte de progéniture parfaite… »