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Chronique

Routes malgaches: retour vers le futur

Il y a 126 ans, le 1er octobre 1895, commençait effective­- ment l’occupation, même s’il aura fallu une loi du 6 août 1896 pour officiellement, déclarer «Madagascar, colonie française».

La monarchie, qui allait être abolie le 28 février 1897, par un simple arrêté du proconsul Joseph Gallieni, n’avait jamais envisagé de construire des routes. Une posture érigée en jurisprudence afin que d’éventuelles troupes de débarquement n’accèdent pas facilement à la Capitale Antananarivo.

La défense du Royaume avait été confiée aux généraux «Tazo» (paludisme) et «Ala» (forêt). Même passablement déboisée, la forêt orientale («Ala Atsinanana») aurait accompli son office en abritant à foison les anophèles, vecteurs de la fièvre paludique. Mais, instruit par les mésaventures des nombreux voyageurs depuis la fin du XVIIIème siècle, et dûment chapitré par les derniers résidents français qui quittèrent Madagascar par la route de l’Ouest, l’État-major français fit débarquer ses troupes par le port de Majunga, le 14 janvier 1895. Faute de véritable couverture forestière comparable au «Ala Atsinanana», le «Tazo» ne fit pas autant de victimes qu’escompté (5000 morts tout de même) sur les 600 km qui séparaient Majunga d’Antana­narivo.

Dans «Dix ans d’équipement 1959-1969», le Ministère de l’Équipement jugeait le réseau routier légué par l’adminis­tration coloniale: «caractérisé à la fois par son développement réduit et par son extrême hétérogénéité».

La loi-programme du 13 décembre 1961 (qui figurait encore en visa dans un décret de classement des routes nationales en septembre 1999) voulut donner une nouvelle définition de l’extension future de ce réseau routier, d’où l’expression «Réseau de l’An 2000». Si le réseau colonial péchait par «son développement réduit et son extrême hétérogénéité», le réseau malgache lui a repris le défaut d’être ramifié plutôt que maillé.

Une seule coupure sur la RN4, entre Antananarivo et Ambondromamy, bloquerait les 713 km de la RN6 jusqu’à Antsiranana. Un réseau maillé permettrait de contourner la coupure par le hub Alaotra: une N33 pourrait rejoindre la N4 à Ambondromamy tandis qu’une N22 se prolongerait jusqu’à Fénérive-Est par Vavatenina. Via la N5, et en rejoignant ce hub de l’Alaotra, il aurait été possible de partir de Toamasina jusqu’à Mahajanga, sans faire un détour par Antananarivo.

Parmi les tronçons envisagés en 1970, la N3 TananariveAnjozorobe-Lac Alaotra-Andilamena-Mandritsara-AndapaSambava. Toujours impraticable cinquante ans plus tard, alors qu’un annuaire de 1954 situait Anjozorobe «au NordEst de Tananarive, sur la route d’Ambatondrazaka». Tant de projets figés sur une belle carte routière à l’échelle 1/5.000.000: N24 Ambositra-Mananjary, N26 ManakaraAmbalavao, N27 Farafangana-Vondrozo-Ivohibe-Ihosy, N35 Ambositra-Ambatofinandrahana-Morondava…

En mai 1950, était inaugurée la route de Moramanga à Anosibe an’Ala. Dans la foulée, la délégation officielle emprunta la pénétrante ouverte par le Génie d’Anosibe à Marolambo. Cette liaison Moramanga-Anosibe-Marolambo devait être la N44 dans le «Réseau de l’An 2000». De Maro­lambo, une piste rejoignait Mahanoro sur une portion de ce qui eût pu être la N23 Mahanoro-Marolambo-Fandriana. En 1950, pour remettre la piste en état, «la collectivité de Marolambo a fait l’acquisition d’un concasseur tandis que la Légion étrangère remplace par des ouvrages en béton les anciens ponts provisoires en bois» (Bulletin de Madagascar n°11, 16 juin 1950, p.4). Deux informations intéressantes : la latitude donnée aux autorités de Marolambo, et l’implication de la Légion Étrangère dans les travaux publics. Qu’est cette décentralisation devenue et quelle place reste au Génie dans l’armée malgache?

En 1969, les trois réseaux routiers (national, secondaire et tertiaire) totalisaient une longueur de 38.000 killomètres dont 2.560 km de routes nationales bitumées. Pour 2020, le chiffre de 49.250 km de routes/pistes était cité par l’agence ecofin. Kilométrage que reprend l’ONG Lalana, qui précise que 18.500 km seulement seraient praticables en 2021. Cependant, ce kilométrage serait celui d’il y a 15 ou 20 ans a fait savoir la CPGU (Cellule de prévention et gestion des urgences) et qu’il ne resterait que 35.000 km de routes bitumées (mars 2020). Kilométrage encore plus congru s’il fallait croire un rapport de l’agence japonaise JICA: «routes nationales et provinciales d’une longueur totale de 25.100 km dont 5600 km (22%) de bitumées (Rapport pour le projet de construction de la bretelle RN7-Bypass, mars 2007).

Cent vingt-six ans plus tard, Madagascar renoue doucement avec la jurisprudence royale de zéro routes nationales.

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