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Editorial

Kerenavirus

Eh oui le kere est plus ancien que la Covid-19. Mais autant on déploie les grands moyens pour éradiquer le coronavirus qui n’a tué jusqu’ici que deux cent trente-deux personnes, autant on a toujours pris à la légère le kerenavirus qui fait plus de victimes. Si la lèpre est la maladie de la honte, le kere est le stade suprême de l’humiliation. Comment peut-on en arriver là dans un pays où tout pousse? Dans une région où la population aime travailler la terre d’une fertilité exceptionnelle du moment que la précipitation est régulière. La maîtrise de l’eau est le seul problème que l’on n’a pas su résoudre depuis soixante ans.

Avec tout ce qu’on produit d’un bout à l’autre du pays, on n’aurait jamais du arriver à cette calamité. Seulement, les oignons de Mampikony, les tomates du Sud, les pommes de terre de Manalalondo pourrissent sur place faute de voies de communication pour les évacuer. Il n’y a d’ailleurs pas que les habitants d’Amboasary qui meurent de faim. Dans les grandes villes comme Antananarivo et Antsirabe, le carême ou le ramadan sont devenus systématiques à cause de la pauvreté et de la faiblesse du pouvoir d’achat.

L’armée a été mobilisée et est partie au secours des habitants d’Amboasary pour un mois afin de distribuer de l’eau et des vivres. Pour parer au plus pressé et pour sauver des vies, c’est bien. Mais cela ne suffira pas à extirper le mal jusqu’à la racine. La seule solution est de construire des infrastructures adéquates pour que les gens peuvent produire qu’il pleuve ou pas à l’image du barrage de Bevoay qui peut irriguer des milliers d’hectares de rizière.

Les Mauriciens affirment toujours avec raison que Madagascar devrait être le grenier naturel de l’océan Indien vu la superficie des terres cultivables. Ce qui tarde d’être le cas à en juger la quantité de riz, de sucre, de farine, de sel… qu’on importe.

Ratsiraka avait rêvé d’une autosuffisance alimentaire dans les années 1990 et misait beaucoup sur la modernisation de la culture du riz dans l’Alaotra et à Marovoay avec l’appui de la coopération allemande. Il n’y est jamais arrivé et finit par proposer à changer l’habitude alimentaire de ses compatriotes en remplaçant le riz par le concombre de mer. Une idée saugrenue qui n’a jamais été testée. Dans l’Androy, le cactus et le kaolin suppléent le concombre de mer. Cela dure des décennies sans qu’on s’en inquiète. Autant l’anosmie caractérise le coronavirus, autant l’agueusie, faute de nourriture, spécifie le kerenavirus.

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