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Mayotte, Gibraltar, Catalogne: et pourtant, ils ont voté

Si un peuple, en son âme et conscience, librement et sans aucune contrainte, vote pour son indépendance ou refuse l’autonomie; et même si le référendum en question manque de base légale ; quand bien même l’acte de convocation du scrutin ne respecterait pas les procédures: qu’est-ce qui compte, cette volonté sur le fond ou la forme, pour ainsi dire protocolaire ?

MAYOTTE. Le 22 décembre 1974, la question était posée aux îles des Comores : «Souhaitez-vous que le territoire des Comores devienne indépendant ?». L’île de Mayotte votera pour le maintien dans la République française. Un second scrutin, du 8 février 1976, confirmera ce choix initial. Depuis, il y eut encore plusieurs votations : 11 avril 1976, 2 juillet 2000, 29 mars 2009. Chaque fois, ceux de Mayotte choisirent leur rattachement à la France.

Qu’y peuvent l’OUA ou l’UA voire l’ONU à moins de dénier aux insulaires de Mayotte la double spécificité géographique et historique qui les motivent contre le droit international et la clameur de gouvernements étrangers que leur volonté ne concerne en rien ?

Lors de sa visite d’août 2022 à Mayotte, le Ministre français de l’Intérieur évoqua l’idée de «réduire l’attractivité de Mayotte». En effet, les Comoriens, qui avaient choisi l’indépendance en 1974, font désormais le choix inverse surnommé le «vote kwassa-kwassa» : des milliers de Comoriens rejoignent clandestinement Mayotte, et ses prestations sociales ainsi que son droit du sol. Mais, si les Mahorais de souche profitent de leur nationalité française pour partir à Marseille ou rejoindre La Réunion, un «grand remplacement» ferait des immigrants clandestins comoriens la principale population de l’île (1985- 1991 : 10.000 Comoriens s’installent à Mayotte ; 1991-1997: 20.000 ; 1997-2002 : 15.000). En réaction à cette «invasion», les Mahorais ont voté à 42,85% pour Marine Le Pen en 2017 tandis que le score du Rassemblement National grimpa à 60% en 2022.

GIBRALTAR. Les négociations d’il y a trois cents ans ont abouti au traité d’Utrecht qui attribua cette terre, géographiquement espagnole, à la Couronne britannique. Quand l’Espagne saisit le comité des Nations unies pour la décolonisation, la GrandeBretagne lui opposa le droit à l’autodétermination des peuples. Par deux fois déjà, le 10 septembre 1967 et le 7 novembre 2002, la population de Gibraltar vota pour le maintien de la souveraineté britannique. Personne ne conteste que la population de Gibraltar ne soit pas consciente de son opinion et libre de l’expression de celle-ci. Et pourtant, son choix librement exprimé pourrait toujours relever d’un comité international dédié à la décolonisation.

CATALOGNE. Barcelone perdit son indépendance en 1714, lors de la guerre de succession d’Espagne : date que les Catalans ont commémorée le 11 septembre 2017, jour de la «Diada», la fête nationale. Sur 400 kilomètres, les Catalans s’étaient donnés la main pour tous s’écrier «Independencia» à 17 h 14. Vingt jours plus tard, un référendum d’autodétermination était organisé par les autorités régionales catalanes, aussitôt déclaré inconstitutionnel par la justice espagnole, mais qui confirma la volonté autonomiste. Les initiateurs du référendum ont été poursuivis. Mais, peut-on mettre aux arrêts tout un peuple ? Référendum «illégal», peut-être. Volonté légitime, certainement.

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