Editorial

Chinoiserie

Un cheveu dans la soupe. À quatre jours de l’arrivée du Pape François, l’État a trouvé l’idée de convoquer deux journalistes à la Brigade criminelle suite à une plainte du ministère de la Défense nationale. On leur reproche d’avoir diffusé sur les réseaux sociaux de fausses nouvelles concernant l’hélicoptère des forces armées ayant survolé le stade de Mahamasina vendredi. Les deux journalistes ont affirmé que l’hélicoptère avait emmené des Chinois à bord afin de visionner le stade en vue de son extension. Or, selon le ministère de La Défense nationale, l’hélicoptère faisait une simulation de la sécurisation du souverain pontife. Une fausse nouvelle de nature à perturber l’ordre public au point de convoquer la journaliste un dimanche alors que son confrère de 24 heures Mada est gardé à vue depuis samedi.

On ignore si la diffusion de fausse nouvelle est du domaine de la cybercriminalité ou d’autre chose. En tout cas, on a du mal à réaliser comment le fait d’affirmer qu’il y avait des Chinois dans l’hélicoptère puisse être nuisible à qui que ce soit pour être assimilé à un crime. La mesure est visiblement disproportionnée par rapport au délit s’il y en avait. Il semble que la section cybercriminalité attendait ses premiers clients depuis sa présentation au public. Si ce n’est pas de l’acharnement, cela y ressemble. C’est d’autant plus vrai que les deux journalistes sont de tendance de l’opposition.

La liberté de l’expression passe ainsi de nouveau un moment difficile. On a eu beau gagner la dépénalisation des délits de presse, on n’est pas sorti de l’auberge. La peine de prison guette toujours au moindre faux pas. Si pour avoir vu des Chinois dans un hélico, on risque la prison, on se demande ce qu’on risque si on avait vu le pape ou le père noël.

La cybercriminalité semble brandie pour étouffer toute velléité à la pluralisme des idées ou au droit à la différence. Il y a eu certainement faute de part et d’autre, faute de communication et de respect mutuel, mais de là à dramatiser l’affaire, les autorités sont en train de se compliquer la vie. Cette affaire risque de prendre le dessus sur la visite du pape si elle est mal gérée. Le président du Vatican n’aimerait surtout pas que sa visite soit entachée d’une atteinte à la liberté fondamentale et qu’à cause de l’hélicoptère censé assurer sa sécurité, des journalistes ont été emprisonnés.

On n’a pas intérêt, absolument aucun à chercher des poux là où il n’y en a pas. Cette affaire risque de déteindre sur la visite de la plus grande personnalité de l’église catholique dont la simplicité se passerait bien de cette chinoiserie.

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