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Changer ou stagner

Les temps sont durs et la vie est de plus en plus avare de cadeaux : une longue et oppressante nuit influence nos actes et nos discours qui prennent facilement les couleurs noires de la misère et du fatalisme. Ardue est la quête de la sortie de ce long et sombre tunnel, dont l’obscurité déroutante et aveuglante fait trébucher chacune de nos stratégies d’évasion qui se cognent alors aux solides et étanches parois qui peuvent se nommer laxisme, indiscipline et qui se dressent sur le long et tortueux chemin de la délivrance. Et dominant au-dessus de ces obstacles, trône une mentalité qui cultive le statique, un blocage majeur qui s’exprime par une opposition systématique à toute tentative de changement.

La souffrance est partagée, le calvaire est national, le désir d’arriver au bout du chemin de croix est présent dans toutes les consciences. Mais la partie inconsciente de notre psychisme est, semble-t-il, en conflit ouvert avec cette aspiration au salut. Cette contradiction agite alors cette partie de nous qui est encore attachée au statu quo et qui se lève machinalement quand on veut changer la situation qui est pourtant source de larmes, de sueur et parfois même de sang, un environnement qui est presque aux antipodes du paradis mais qu’on ne veut pas pour autant abandonner : il a un tas de légions masochistes qui sont prêts à œuvrer pour sa préservation. Les différents pas, les tâtonnements, différentes tentatives pour découvrir un brin de lumière, comme les idées pour rendre la circulation plus fluide, sont aussitôt opprimés par ces forces conservatrices.

Nous avons tous, comme Sisyphe, cette envie de pousser jusqu’au sommet de la montagne du succès le rocher qui porte tout le poids de l’immense fardeau qui écrase notre quotidien. Et comme le rocher de Sisyphe, cette lourde charge, retombe après être montée d’à peine quelques mètres, repoussée par l’écueil infranchissable planté par cette aversion pour le chamboulement, pourtant incontournable et consubstantiel à toute entreprise de révolution. Le rocher retombe alors, emportant les efforts d’amélioration, pulvérisés par cette chute qui les néantise. Et tout est à refaire : combien de bonnes idées ont été jetées à la poubelle parce qu’elles dégageaient le parfum honni du changement ?

Orphée a commis la faute monumentale de se retourner pour contempler la beauté de sa femme Eurydice, condamnant cette dernière à rester dans le monde souterrain, celui d’Hadès. Faire une fixation sur la vie difficile actuelle, contemplée comme une œuvre d’art sacrée qu’on ne peut toucher, c’est se barricader dans un enfer qu’on dit pourtant détester.

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