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Editorial

Prix en otage

Ceux qui attendaient un miracle ont été déçus. Aucun changement, dans le sens de la baisse, ne s’est produit dans les stations-services, sur les prix du carburant. Comme il était de coutume à chaque début du mois. Ils ont constaté les mêmes indexations affichées depuis douze mois maintenant. Tout sauf une surprise. Le Premier ministre Christian Ntsay et le ministre de l’Énergie et des hydrocarbures, Christian Ramarolahy, lors de leurs « auditions » devant les députés et les sénateurs, ont déjà entamé une intense préparation psychologique à l’endroit des concernés.

En gros, ils ont indiqué que la baisse conséquente des cours du baril du pétrole sur le marché international depuis le début de la crise sanitaire à l’échelle mondiale, ne constitue pas la seule condition pour réduire les prix appliqués à Madagascar. Car, selon leurs explications, il existe d’autres paramètres essentiels à prendre en compte le long du différentiel des coûts. En l’occurrence, le taux de parité de l’ariary par rapport au dollar, penchant de plus en plus en faveur du billet vert américain.

Puis, les taxes et redevances en cascade, faciles à cueillir pour l’État car n’offrant la moindre échappatoire pour les consommateurs finaux. Automobilistes et industriels. À chaque litre vendu, l’État « avale » sa grosse part du gâteau. En ce moment où les recettes fiscales se tarissent par la difficulté des entreprises privées à respirer, il est inimaginable que l’État aille jusqu’à les supprimer. Au mieux, il va les comprimer.

Enfin, un accord tacite aurait été conclu avec les pétroliers, toutes professions confondues. Ils n’obtiendraient pas une hausse des prix mais seraient indemnisés en conséquence. Soit une ardoise de 172 milliards d’ariary à payer par les contribuables. La contrepartie financière de l’excès de…gel. Après quoi, si l’on s’en tient aux arguments avancés par les deux Christian, il serait envisageable de minorer, le cas échéant, ces prix de la discorde. Soit, dans deux ou trois mois, au plus tôt.

Mais durant cette période de latence, les rouages de la machine de l’économie mondiale auront le temps de redémarrer et d’atteindre leurs vitesses de croisière. La reprise effective des activités économiques en Chine, ce qui ne saurait plus tarder, suffira à gonfler de façon conséquente la demande mondiale en pétrole. Avec comme corollaire immédiat, la remontée en flèche des cours du brut. Alors qu’au même moment, l’ariary va s’effriter davantage sur l’échelle des valeurs du Marché interbancaire de devises, MID.

 

Au bout du compte, toutes les conditions seraient alors réunies pour revenir aux dogmes de l’application de la vérité des prix. Un point sensible du fragile équilibre macroéconomique, sur lequel les bailleurs de fonds portent une attention particulière. Le prétexte coronavirus n’aura été donc que d’un sursis passager pour le gouvernement. Les dures réalités économiques et financières vont le rattraper. Immanquablement.

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