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Notes du passé

La musique purement malgache accompagne la circoncision

Extrait de la mélopée de la mère de l’enfant à circoncire.

Pour terminer … la première période de la musique purement merina, du règne d’Andrianampoinimerina à celui de Ranavalona Ire, Marie-Robert Rason, organiste et maître de chorale de la Cathédrale catholique d’Antananarivo, rappelle une mélopée chantée à l’occasion de la circoncision qui se déroule en saison froide.

Il commence par installer le cadre de l’opération. La cérémonie commence la veille. Ce jour-là, on plante dans la salle principale de la maison, sorte de salle de séjour, à l’angle Nord-Est, « anjorofirarazana » (coin des ancêtres), un « fototra », tronc de bananier au bout duquel on introduit un chandelier malgache. Ce « fototra» sur lequel on allume une torche enduite de suif, sert de lustre aux danseurs et chanteurs qui doivent passer la nuit à veiller. Il est « fady », tabou, de laisser éteindre ce feu jusqu’à ce que l’opération ait lieu.

La mère de l’enfant à circoncire s’efforce d’étouffer l’émotion qui commence à lui serrer le cœur. Elle invite parentes et amies à se rendre avec elle à l’angle Nord-Est de la case, « endroit de tout temps considéré comme favorable ». Après s’être serré fortement la taille avec son lamba, pour montrer à son fils le courage que l’on doit avoir face au danger, elle se prosterne la face contre terre. L’hymne sacré sort de ses lèvres tremblantes ; les autres femmes, compatissantes, le reprennent en chœur.

À l’aube, devant la porte, hommes et jeunes gens se placent en rang, ceints du traditionnel salaka, pagne, armés de la lance et du bouclier. Dès que les premières notes de la mélopée entonnée par la mère leur parviennent, ils s’en vont d’un pas alerte « à la conquête de l’eau forte et sainte, nécessaire à la cérémonie ». Ils la puiseront « dans la source la plus limpide qu’ils ne trouveront que très loin ».

Le plus vaillant de la troupe ouvre la marche, une calebasse sur la tête dans laquelle sera recueillie l’eau sacrée. Tout au long du chemin, leurs éclats de voix se font entendre. « Ce n’est pas un hymne de guerre qu’ils chantent, c’est un récitatif rythmé avec frénésie. »

L’organiste donne un extrait de ce « récitatif sacré à l’occasion de la circoncision ». Les chanteurs entonnent: « Enfant, tu seras pareil à l’aiglon éclos sur la roche du sommet le plus élevé. Tu en auras la force et la vigueur, tout cèdera à ta volonté, tu seras vaillant et intrépide, prends exemple sur nous. »

Tout en chantant, « ils courent, volent, brisent tous les obstacles » qui se présentent devant eux. Et tout le long de leur passage, des jets de pierre dont ils se rient, les accueillent. Marie-Robert Rason explique que c’est une coutume malgache de lancer des pierres à ceux qui vont chercher l’eau destinée à la circoncision et ce, pour donner plus de valeur à la conquête de cette eau. À l’issue de leurs exploits, ils rentrent à la case, essoufflés mais fiers, en criant « Zanaboromahery ! » (enfant d’épervier).

L’eau sainte, attendue avec impatience, est accueillie par une acclamation de joie. L’opération commence alors. L’enfant est tenu entre les genoux du grand-père sur un mortier de bois, face à la porte. Le père et la mère le cajolent pour le distraire. L’intervenant, armé d’un couteau bien tranchant, se présente. L’enfant c rie, pleure. Pour étouffer ses plaintes, les femmes agenouillées entourant la mère angoissée, tressent des « sandrify », feuilles de palmier nain, et chantent l’air que la mère a interprété.

Pendant l’opération, un homme bat devant la porte le « hazolahy », bois viril pour fabriquer une grosse caisse, autrement appelée « ampongan’ny ntaolo » (tambour des ancêtres). C’est une sorte de tambour allongé dont « le son est aigu ». D’autres s’écrient de toutes leurs forces, « Lahy ialahy ! », « Sois homme, ô enfant, soit vaillant, sois intrépide; cours sans peur après la fortune : elle te sourira… » Et mille et un autres souhaits accompagnés par le bruit des lances frappées contre les boucliers. Ce tintamarre ne cessera qu’à la fin de l’opération.

Pour conclure cette première période, Marie-Robert Rason affirme qu’en dépit de sa pauvreté harmonique et de son développement trop court, la musique purement malgache (ou plutôt merina) est riche d’originalité. « On regrette sincèrement la rapidité avec laquelle les Malgaches ont sacrifié le charme de cette inspiration du terroir à l’influence étrangère. »

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