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Opinions Texto de Ravel

La nana

Alors que le dernier Texto de Ravel tentait d’élever la discussion sur les femmes à un niveau de la géopolitique internationale, le contexte local en a décidé autrement. Le monde roule pour les femmes, mieux même : les femmes font rouler le monde. Grande folie que d’avoir pensé que la discussion sur l’empreinte féminine sur l’ordre du monde ferait sensation et inspirerait notre nation. Car en réalité, le rôle et la vision de « la » femme malgache n’est pas plus élevée que certains veulent nous faire croire.

Il devient alors limpide que la  relation des femmes et le pouvoir, des femmes au pouvoir et leur égo ne sont pas du tout les mêmes suivant les pays. Certaines misent sur l’influence de très haut niveau ayant effet sur la marche de notre planète. Le bras de fer entre la dame Clinton et son rival à la présidentielle, les successions à la tête des grandes institutions mondiales marquent un lobby inédit sur la passation des rênes du monde aux mains des descendants d’Eve.

Pendant ce temps, d’autres font sensation au point d’avoir fait naître un hastag sur le net. Loin de la puissance du « bring back our girls » mené par un mouvement international après l’enlèvement des lycéens de Chibok perpétré par BokoHaram au Nigéria le 15 avril 2014,
l’« ananasgate » veut nous mener plus loin que le prix du chiffon, plus loin que le sensationnalisme de l’instant. Il est, en effet, question de demande de redevabilité, d’éthique, de bienséance, de logique humaine et de niveau de l’esprit. Ce qui est loin d’être le cas chez nous, semble-t-il.

Triste réalité qu’est la puissance amnésique à partir d’un fait banal qui nous fait oublier les choses cruciales comme ces innocents morts à Mahamasina qui n’ont pas fait naître autant de vague ni de tumulte dans les pensées. Heureusement que des professionnels des médias n’ont pas été totalement affectés par l’euphorie du moment et ont su mener tant bien que mal la lutte contre l’adoption aveugle du projet de loi relative au code de la communication médiatisée. Car il est lieu de le dire que quand il s’agit de ragoter sur « l’ananas » et son chiffon, la foule se presse, mais quand il est question de protéger ses arrières et celui des autres par rapport à ce code
liberticide, les rangs sont moins serrés.

Méconnaissance ou plus vraisemblablement indifférence par rapport aux dangers que représentent ces textes sur les droits de chaque individu est un constat accablant. Les actions sur terrain comme sur le net ne sont pas à la hauteur des secousses qu’a fait l’ananas depuis son apparition lors de la fête de l’indépendance. Manipulation orchestrée ?  Fuite de responsabilité de chacun face aux sujets sérieux ?  Et même, les revendications quant à ce code de la communication semblent être un peu timides par rapport aux dangers qu’il cache, la loi sur la cybercriminalité qui est déjà en vigueur  et sont totalement éclipsés.

En passant, il est utile de savoir que l’ananas est un fruit qui est très efficace pour ramollir la viande. Certains ont su, visiblement, faire de l’ananas un bon
élément pour alanguir la foule et oublier l’essentiel de l’être humain qui sont, notamment, l’empathie envers les morts d’un attentat qui se passe chez soi, la liberté, le droit. « La femme est aux ragots ce que le cuivre est à l’électricité » Michel Fort.

Par Mbolatiana Raveloarimisa