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La clause de bon sens

Ce texte sur la communication a déjà définitivement acquis une mauvaise réputation. Il aura suffi de trois dispositions, obéissant, croit-on savoir, à «un esprit de compression». Quoi qu’on puisse penser des journalistes, un journalisme libre, sans déclaration préalable ni censure, compose dorénavant le pack des libertés à l’aune duquel se juge la plus ou moins démocraticité d’un régime politique. Et il serait suicidaire pour un régime de passer à la postérité avec la réputation de fossoyeur de libertés.
L’investigation, l’éditorial, la caricature. La dénonciation, le scepticisme, l’ironie. Nous sommes en 2016, et pas à certaine époque reculée où ni le Pape ni le Roi ne pouvaient mal faire. C’est-à-dire que nous avons appris l’indifférence par rapport à l’excessif qui s’annihile de lui-même ; nous avons aussi appris à prendre de la distance, sinon de la hauteur, à l’égard des superlatifs ; nous avons surtout appris l’irrévérence de toute chose.
En 2016, il n’est plus possible de se prendre trop en majesté. Quoi de plus ridicule. Que, Président, je suis beau, intelligent et infaillible. Mais, ça n’existe simplement plus de penser comme ça ! Les «pères de l’indépendance», les «Filoha hajaina», les «leaders bien-aimés» : ce sont des grands mots devenus gros mots en démocratie moderne.
En 2016, il est tout bonnement impensable de se voir applaudi, partout et tout le temps. Les mines énamourées ou les figures bovines, les applaudissements frénétiques au signal convenu, l’unanimité du vote à mains levées : cela signerait son régime stalinien mieux que tout score soviétique de 99,9%.
En 2016, on n’a pas forcément l’âge de se souvenir, du 13 mai 1972, et de tel président de la République gagnant un plébiscite massif mais devant quitter définitivement le pouvoir après un référendum contraire tout aussi massif, à six mois d’intervalle. Mais, personne n’a le droit d’ignorer, dirigeants mégalos comme opinion publique alzheimer, que le Capitole est dangereusement proche de la roche Tarpéienne, depuis 3000 ans.
L’admiration béate, l’obséquiosité, la dithyrambe, nous avons vu quelle grosse tête elles ont donné aux dirigeants assiégés, isolés, pris en otage, par les courtisans. Il faut revendiquer un devoir d’inventaire. Il faut faire de la critique une posture intellectuelle. Il faut, au besoin, actionner la clause de conscience.
La liberté n’est certainement pas un permis de faire n’importe quoi, de l’insulte, de la diffamation, de la calomnie. Surtout que la parole de cette époque générique Facebook est plus que jamais libérée. Mais, pour que cette expression devienne responsable, revendiquant des droits et jamais oublieuse de ses devoirs, faut-il absolument un Code de la communication ou plutôt une Table des dix commende­ments de l’éducation ?  D’ailleurs, faut-il tout court un Code de la Communication ou s’en remettre au bon sens ?