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Editorial

Apartide

L’apartheid réapparaît. Les apatrides en sont victimes. Ils sont environ sept cents à se trouver dans cette situation délicate. Ils sont nés à Madagascar, vivent à Madagascar depuis plusieurs générations mais sont sans nationalité. L’ordonnance 60-634 basée sur le droit du sang leur interdit de jouir de la nationalité malgache. Une ordonnance désuète que le député élu à Betafo Lovasoa Célestin Fiarovana a tenté de réformer à travers une proposition de loi. Il fait l’objet d’un lynchage en règle sur les réseaux sociaux. Il n’ est pourtant pas le premier à vouloir toucher à ce texte qui nécessite une réactualisation pour être conforme aux conventions internationales ratifiées par Madagascar. Elle a été déjà retouchée par les députés eux mêmes l’année dernière quand ils ont décidé qu’une femme peut léguer sa nationalité à son enfant alors qu’auparavant, il hérite automatiquement la nationalité de son père.

Les reproches qu’on lui fait n’ont rien à voir avec le fond du sujet et se basent sur le simple fait que la majorité des apatrides sont des Indiens qui vont accaparer toutes les terres. Une réaction épidérmique et primaire.

Les détracteurs du médecin député de Betafo arguent que le moment n’est pas opportun pour toucher une ordonnance vieille de 61 ans. Nationalité ou pas et malgré l’interdiction faite aux étrangers d’avoir des titres fonciers, ils ne s’en privent pas avec la complicité de ses « compatriotes » malgaches. « L’impérialisme » comme on l’appelait durant l’ère Ratsiraka n’est donc pas une question de nationalité.

On assiste ainsi à un faux débat. Tout le monde accepte qu’on attribue la nationalité aux joueurs des Barea qui ne parlent aucun mot malgache en deux temps trois mouvements mais personne n’est d’accord pour accorder la nationalité à un Karana qui a vécu ici depuis trois générations et qui n’a jamais vu l’Inde.

Beaucoup de Malgaches font des pieds et des mains pour avoir la nationalité française ou autre mais refusent la réciprocité.

Avoir une nationalité c’est d’abord pouvoir justifier son existence dans les formalités administratives, pouvoir effectuer une scolarité normale, pouvoir voyager… En bref pouvoir bénéficier des choses basiques et fondamentales de la vie. Les titres fonciers constituent une option.

1 commentaire

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  • 100% d’accord avec vous, Sylvain Ranjalahy. Que de préjugés, de procès d’intention, de peurs vis-à-vis de ces Karana. Certains d’entre eux ont pourtant beaucoup apporté à Madagascar. Et certains pourraient encore plus contribuer positivement à la vie du pays si on leur en laissait la possibilité.