Notes du passé

Andrianjaka, premier fondateur du Rova d’Antananarivo

Le 11 mars 1897, les Fitomiandalana ont été réinstallés au pied des tombeaux des Rois et des Reines.

Si chaque souverain d’Antananarivo a mis un point d’honneur à marquer son règne par, au moins, une nouvelle construction. Ces différents palais et autres installations ont dû également faire face aux vicissitudes du temps, et même à un bombardement en 1895 et un incendie criminel en 1995. Sans oublier la volonté d’un roi ou d’une reine qui estime qu’un tel Lapa mérite d’être « modernisé ».

Comme les Notes l’ont déjà écrit il y a quelques mois, le Rova d’Antananarivo est « l’ensemble architectural le plus vaste et le plus complet de Madagascar et que c’est un véritable livre d’Histoire de Mada­gascar ». Vincent Belrose-Huyghues qui a dit ces mots, estime que si le Rova est un témoin de l’évolution historique du royaume, « il porte les traces des différentes étapes d’une construction politique (…) Ces traces s’inscrivent aussi dans l’espace, l’évolution des formes traduit les différents choix, les diverses influences qui ont marqué le pays » (Revue d’études historiques Omaly sy Anio, N°1 et 2, 1975). Le même auteur reprend une définition du Rova, qui « est, dans une ville ou dans un village, l’enceinte délimitée par un mur ou une palissade réservée au souverain ou à son représentant ».

D’après les traditions orales des Tantara ny Andriana eto Madagascar du R.P. Callet, « le Rova d’Antanana­rivo, à l’intérieur duquel habitaient les souverains en haut de la ville, avait été construit par Andrianjaka ». Entre ce dernier et Andrianampoinimerina, le premier Rova au Sud s’est transformé par extension ou par ajout.

Sous Andrianjaka, seul le Rova (ou enceinte) Sud, appelé aussi Rova Besakana, existe. Il est le premier à être aménagé. On y trouve alors les Tranomasina Fitomian­-dalana , les Sept tombeaux alignés, et les cases royales, Masoandro­tsiroa et Besakana, un kianja avec une pierre sacrée et un enclos à bœuf. L’existence de ce kianja, dès cette époque, est certaine car, selon le R.P. Callet, « lorsqu’une résidence royale doit être édifiée (…) on plantait en terre les Vatomasina au centre du Kianja, un sodifafana, etc. L’on procédait ensuite au sacrifice d’un bœuf sur cette pierre pour sanctifier la nouvelle résidence ».

L’endroit est le plus élevé du site d’Antananarivo (1 463m), et c’est l’actuelle terrasse de l’Église du Palais. Andrianjaka déboise le sommet de la colline, Analamasina, pour obtenir les arbres qui servent à bâtir des cases et un Lapa. Comme il est de règle dans toute construction, l’habitation d’un chef ou d’un fondateur de village est construite sur le point le plus élevé d’un Rova. Jusqu’au XIXe siècle, seuls les Fitomiandalana existent encore sur les lieux où les successeurs d’Andrianjaka les ont placés, c’est-à-dire que « la tombe d’Andrian­jaka (la première) se trouvait à 30 mètres plus au sud et à quelques mètres à l’est du mur actuel de Manjakamiadana ».

Selon une dépêche de l’Agence nationale Taratra du 11 mars 2020, « les tombeaux royaux dits Fitomian­-dalana ont été réaménagés à côté des tombeaux de Radama Ier (ou tombeau des Rois) et de Rasoherina (ou tombeau des Reines), le 11 mars 1897 (…) Quand Madagascar est devenue colo nie française, le général Joseph Gallieni a décidé de détruire les Fitomiandalana et de les (restes mortuaires) déplacer. » C’est l’architecte Antony Jully qui supervise cette translation. La cérémonie commence dès 6 heures du matin et ne se termine que dans la soirée. « Ce sont les descendants d’Andrianjaka, les Zafindralambo, qui étaient chargés de la tâche » (lire les Notes du 4 avril 2018).

D’après l’ouvrage du R.P. Callet, « Masoandrotsiroa se trouvait au sud de la Tranomasina (…), Besakana à l’ouest de la grande place et à l’est du parc à bœufs ». Masoandro­tsiroa est reconstruite par Andrianampoinimerina, puis déplacée à Ambohimanga par Ranavalona Ire, avant d’être réduite en cendres dans l’incendie qui marque le moment où la même Reine a tourné le dos. Mais, ajoute Vincent Belrose-Huyghues, des Masoandro ne cessent de se succéder au Rova, chaque reine construisant le sien.

Pour Besakana, une tradition attribue sa première construction à Andriamasinavalona, comme on peut le lire dans le Firaketana ny teny sy ny zavatra malagasy (1945). Ces deux Lapa ont sans doute été « reconstruits par Andrianam­- poinimerina » à qui sont généralement attribués la plupart des constructions visibles dans la première moitié du XXe siècle.

« Tel quel, le Rova possédait les structures de tous les Rova suivants jusqu’en 1869-1888, moment où l’on a ajouté un temple. Il y avait un modèle structural du Rova dès le règne d’Andrianjaka et, sans doute avant », conclut Vincent Belrose Huyghues. »

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