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Chronique Opinions

Humeurs éparses

Triple méprise. D’abord, la rue Benyowski est baptisée du nom d’un faux «prince de Madagascar» qui a eu, néanmoins, la bonne idée d’envoyer un Nicolas Mayeur explorer l’intérieur de l’île que, justement, le sieur de Benyowski, comme tant d’autres preneurs de possession putative, n’a jamais vu de ses yeux. Ensuite, cette rue, qui relie Isoraka à Isotry, devrait s’appeler «rue du Fasan-dRainiharo» puisqu’elle longe le mausolée de la famille des Premiers Ministres Andafiavaratra, au premier rang desquels le fondateur de la dynastie, Rainiharo, décédé en 1852. Enfin, le vrai Isotry, c’est ce plateau du tombeau, le quartier populaire et populeux du contrebas étant Ambodin’Isotry. Mais, mon sujet n’est pas cette série de méprises: jusqu’à preuve du contraire, cette rue est à sens unique Isoraka-Isotry, aussi, comment concevoir que des automobilistes se permettent de la remonter à contre-sens, au nez et à la barbe d’un policier qui préfèra détourner les yeux, ce mercredi 1er juin 2016 à 11 h 30, dès qu’il vit la cocarde tricolore  Comme on prétend contrôler le quotient intellectuel des chauffeurs de taxibe avant de confirmer leur permis plus ou moins authentique, peut-être faudrait-il instaurer un examen de moralité et un test de bon sens avant d’autoriser de pseudo autorités à détenir une cocarde juste bonne à intimider les agents de la circulation.
L’Euro de football, qui va se tenir en France d’ici dix jours, a déjà commencé. Les Éric Cantona, Jamel Debbouze et Karim Benzema (en attendant peu-être aussi les états d’âme des Nicolas Anelka et autre Samir Nasri) prétendent que le sélectionneur français Didier Deschamps a écarté les Beurs (Benzema et Ben Arfa) sur une base raciale. À regarder le match amical France-Cameroun, de ce 30 juin 2016, j’imagine les électeurs de la jolie Marion Maréchal-Le Pen: si la télévision était encore en noir et blanc, ils auraient pu confondre Français et Camerounais, puisque pas moins de huit joueurs d’origine africaine (Diarra, Pogba, Matuidi, Sagna, Evra, Coman, Kante, Sissouko) avaient joué pour la France et les Gaulois de souche auraient eu quelque légitimité à se scandaliser de la faible représentativité d’une équipe qui leur ressemble si peu.
Ils ont tué le magnifique gorille «Harambe» du zoo de Cincinnati (Ohio, États-Unis), pour venir au secours d’un enfant tombé dans son enclos: l’enfant ne pouvait pas faire plus attention  Ses parents n’auraient pas pu mieux veiller à ce que leur rejeton ne fasse pas de bêtise aux conséquences aussi abominables  Les pires criminels ont encore droit aux sommations d’usage: fléchette soporifique, canon à eau, gardien héroïque, ne pouvait-on épuiser toutes les ressources avant d’abattre un gorille de 17 ans, dont l’espèce est en voie de disparition dans son Afrique natale  Quelques jours auparavant, au zoo national du Chili, un homme s’était jeté nu dans l’enclos d’un couple de lions: leur territoire violé, les lions ont naturellement attaqué l’intrus et les gardiens leur ont tiré dessus à balles réelles. Si ce déficient mental voulait se suicider, pourquoi fallait-il que ce soit les lions «Manolo» et «La Flaca» qu’on assassine  En juillet 2015, l’assassinat du lion «Cecil», félin emblématique de la réserve Hwange au Zimbabwe, par le dentiste américain Walter Palmer et des braconniers du tiers-monde soudoyés 50 000 dollars, avait suscité un bel émoi, vite oublié. Humanité hypocrite…