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Opinions Texto de Ravel

L’histoire de l’autisme

Le 2 avril est la journée mondiale de sensibi­lisation à l’autisme. Il est célébré depuis le 2 avril 2008. Pour cette année l’association Autisme Madagascar fait des actions tout au long du mois d’avril qu’elle a consacré mois de la différence. Pour notre part, allons connaitre et comprendre l’évolution du terme, des connaissances.

Pour commencer l’histoire de l’autisme, on va s’arrêter sur une personne en particulier, la première personne qui a utilisé le mot autisme, et c’est Eugène Bleuler. Eugène Bleuler est un psychiatre suisse du tournant du XXe siècle était intéressé à savoir si le sujet schizophrène devenait, comme son maître lui avait enseigné, vraiment dément, s’il s’agissait d’une démence.

Eugène Bleuler a utilisé, a inventé le mot autisme, en allemand autismus, qui tire sa source du grec ancien αὐτός, qui signifie soi-même. Qu’est-ce qu’il voulait dire par là ? Il voulait caractériser ce comportement très précis des sujets avec schizophrénie qui se replient sur eux-mêmes dans un monde imaginaire, un monde qui potentiellement va les couper de la réalité avec autrui, un monde qui va potentiellement les isoler de la stimulation extérieure.

Et donc le mot autisme est d’abord utilisé par un psychiatre d’adultes avec schizophrénie pour signifier un repli sur soi-même dans l’imaginaire. Et on mettra presque 100 ans à se différencier de cette utilisation. Le contexte historique dans lequel le mot autisme est donc utilisé est un contexte où il y a la découverte de la schizophrénie.

Au cours des années 1920, 1930 et 1940, les cliniciens et les chercheurs vont s’intéresser plus particulièrement à la souffrance chez l’enfant. Pourquoi ? D’une part parce qu’au niveau du système scolaire, l’éducation pour tous est de plus en plus généralisée, et il y a un besoin d’identifier ceux qu’on appelle aujourd’hui les déficients intellectuels, et aussi ceux qui souffrent de troubles du comportement et qui perturbent les classes dans l’enseignement ordinaire.

D’autre part, il y a un intérêt plus particulier pour une inter­vention auprès de ces enfants. On le voit typiquement dans les années 1920 avec l’invention de la psychanalyse des enfants. L’enfant qui semble être pris dans ses pensées, dans son imaginaire, va être caractérisé comme ou enfant schizophrène. Dès lors, la conception de cet enfant est un enfant qui est d’une part prise dans ses pensées, et d’autre part qui potentiellement est en train d’halluciner.

Plusieurs descriptions de cas dans les années 1920 et dans les années 1930 vont parler de ces enfants schizophrènes et vont nous aider à situer ce qu’on appelle aujourd’hui les comportements autistiques au sein de cette population. En 1938, Louise Despert décrit dans son article sur la schizophrénie chez l’enfant une série de comportements qu’aujourd’hui nous attribuerions à l’autisme. Citons un exemple. L’enfant est caractérisé par une asociabilité, un retrait, une tendance à la rêverie, une peur de nouveaux contacts affectifs, de l’irritabilité, parfois une hyperactivité ou agressivité, une tendance à vivre dans leur propre monde. C’est donc très proche de la description qui sera reprise en 1943 par Leo Kanner. Deux éléments aux hypothèses de Louise Despert sont importants à retenir. Le premier élément est pourquoi elle est si importante au niveau historique. C’est qu’ elle caractérise deux formes d’émergence de ces comportements, une forme qu’elle va appeler soudaine ou aiguë, qui vient un peu de nulle part, et une autre forme qu’elle va appeler insidieuse, qui est progressive.

Mais au travers de ces descriptions, un deuxième élément est à retenir, c’est qu’elle fait l’hypothèse que la schizophrénie chez l’enfant est présente dès la naissance. Et ceci va à l’encontre des thèses psychanalytiques qui suggèrent qu’un temps de développement normal doit précéder l’arrivée de la schizophrénie chez l’enfant.

Et donc elle ouvre une brèche avec cette proposition, brèche que Leo Kanner va exploiter. Louise Despert aura donc une influence importante sur Leo Kanner, notamment au travers de cette thèse de la présence de la schizophrénie infantile dès la naissance, de ces types d’émergence, et aussi, d’une certaine manière, de leurs fondements qui seraient potentiellement liés.

A partir des années 1970, on passe non plus d’un trouble à la Kanner, c’est-à-dire d’un trouble affectif, désormais on perçoit ce trouble comme un trouble de dysfonctionnement de la cognition, de la pensée, et plus particulièrement de la communication et des interactions sociales.

Et donc, s’opère dans les années 1970 ce changement qui va mener en 1980, dans la version du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ou Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM) édition numéro trois, à la première reconnaissance de l’autisme en tant que trouble à part entière.

La période des années 1980 et 1990 est une période où il faut souligner la contribution d’une pédopsychiatre anglaise du nom de Lorna Wing, d’une manière très anticipatrice sur les futures recherches, avant l’avènement de la neuroimagerie cérébrale. Elle fait l’hypothèse qu’un certain nombre de zones cérébrales, chez l’enfant autiste, sont vulnérables. C’est les zones tout particulièrement qui traitent l’information sociale et qui soutiennent les facultés de communication. Cette perspective est instruite par ses travaux sur la communication chez l’enfant avec autisme. Elle militera pour la reconnaissance des déficits chez ces enfants en termes de communication et d’interactions sociales, et non pas comme Kanner, duquel elle se différencie assez clairement, et non pas comme un trouble affectif comme le proposait Kanner.

Pour conclure, donc, nous avons entre la publication de 1943 de Leo Kanner et 1994, une évolution fantastique de la manière dont on conceptualise l’autisme d’un trouble affectif à un trouble de la communication et de l’interaction sociale, de la manière dont nous reconnaissons l’autisme comme étant distinct et différent de la schizophrénie infantile, et de la manière dont nous pratiquons le diagnostic de l’autisme, ce qui permet une recrudescence de la recherche et aussi des propositions novatrices de l’intervention précoce dès le début des années 1970 jusqu’à aujourd’hui.

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