Notes du passé

La Garde indigène pour nettoyer les zones rebelles

Pierre de Chevigné prononce son premier discours officiel devant l’Assemblée représentative, après une tournée dans les zones chaudes de l’insurrection.

En arrivant à Madagascar en tant que haut-commissaire de la République française, le 21 janvier 1948, Pierre de Chevigné qui succède à Marcel de Coppet (lire précédente Note) compte rétablir l’amitié des populations malgache et française et relancer le développement.

Toutefois, à cette époque, les derniers sursauts de l’insurrection commencée en 1947, se font encore remarquer dans certains points de l’île. C’est pourquoi, pour pouvoir réaliser son projet de gouvernement, Pierre de Chevigné inspecte le quadrilatère Antananarivo-Fianarantsoa-Manakara-Brickaville pour s’assurer « des progrès réalisés en matière de pacification et des moyens à mettre en œuvre pour l’accélérer ».

Comme il l’explique le 31 mars 1948, devant l’Assemblée représentative en session ordinaire, ce quadrilatère englobe la zone forestière difficilement perméable « où les rebelles, repoussés de toutes parts à la suite du dégagement de la zone côtière, des voies ferrées Tananarive-Tamatave et Fianaran­tsoa-Manakara et de la route Tananarive- Fianarantsoa, se sont réfugiés ».

Le haut-commissaire montre sa satisfaction devant la situation qu’il y voit. Des postes militaires sont implantés dans la zone. Ils ont un double rôle. D’abord, ils assurent la sécurité des points sensibles (ponts, bacs, routes, chemins de fer), des centres économiques importants (usines, plantations, mines) et des centres urbains.

Ensuite, leur mission est « d’enserrer étroitement la zone rebelle » et de permettre d’y faire de plus en plus d’incursions destinées « à dissocier l’adversaire, à le détruire et à ramener les populations entraînées de force ».

Il constate aussi, au cours de son inspection, que de nombreux postes statiques pourraient avantageusement être remplacés par des unités de la Garde indigène. « Cette mesure va permettre d’entreprendre à bref délai une série d’opérations de nettoyage, dont j’attends les meilleurs résultats. » Dès son retour de sa tournée, il ordonne, du reste, l’étude d’une réorganisation dans le sens d’un « renforce­ment important » de la Garde indigène.

Le haut-commissaire tient à faire remarquer que les troupes ne se contentent plus de pacifier. Elles s’attellent aussi, dans certains secteurs, à la réfection des routes et des ponts, à la construction de pistes, de terrains d’aviation et de cantonnements.

« J’ai prescrit de pousser ces travaux en accord avec les autorités civiles locales, car ils conditionnent la réalisation de l’œuvre de pacification en cours. » Routes et ponts permettent d’implanter des postes de plus en plus avancés et « de se libérer des regrettables transports à dos d’homme et des onéreux parachutages ».

Pierre de Chevigné, en concluant, énumère les points positifs de l’évolution de la situation militaire qui est en bonne voie, dans la zone la plus sensible où les soumissions vont en croissant. Et avec l’arrivée prochaine de la saison sèche, « une nouvelle phase des opérations peut être entamée qui, je l’espère, sera la dernière ».

« De très rudes coups ont déjà été portés à la rébellion. Après avoir perdu l’initiative des opérations, elle a vu ces derniers mois l’étau se resserrer de plus en plus sur elle. Tous les jours, il lui a fallu reculer sans cesse pour éviter de lourdes pertes. »

Sur sa lancée, il ajoute : « Cette fois-ci, je crois que nous allons lui casser les reins. À la fin de cette campagne qui va s’ouvrir, il n’y aura plus de problèmes militaires, il n’y aura plus qu’un problème de police. Certes, quelques petites bandes continueront encore à se débattre entre les mailles du filet, quelques hors-la-loi demanderont à la forêt de les garantir le plus longtemps possible contre le châtiment, mais il n’y aura là rien de vraiment préoccupant. »

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