Notes du passé

Virée de Ranavalona à Tsinjoarivo

Comme la coutume l’a établi depuis des temps immémoriaux, Ranavalona Ire pour qui Jean Laborde a construit le Palais d’été de Tsinjoarivo, dans le district d’Ambatolampy, ne quitte jamais le Rova par la grande porte du nord-est par où elle entre. Pour sortir, elle emprunte le portail du sud-ouest, qui mène également aux deux célèbres chutes de l’Onive, Ambavaloza en amont et Andriamamovoka en aval. Cette rivière coule au pied du Rova.
Le nom d’Ambavaloza vient de deux rochers situés au pied de la chute. Très visibles lorsque l’eau est basse pendant la saison sèche, ils donnent l’impression de former une gueule ouverte de fauve où l’eau s’engouffre avant de la rejeter.
Tant les historiens que les villageois affirment que c’est là que se pratique le « jeu favori » de Ranavalona Ire, « reine cruelle » comme certains aiment à l’appeler. Il consiste à jeter en amont de la chute des veaux réquisitionnés chez les éleveurs. Emportés par le courant, ils se débattent avant de se fracasser sur les rochers de la rivière. Ce spectacle serait très apprécié par la souveraine. Quand les veaux viennent à manquer, elle y ferait précipiter les prisonniers dont les peines dépassent quatre années de réclusion.
Pour atteindre la chute d’Andriamamovoka en aval, il faut descendre un grand escalier de pierres qui a aussi son histoire. Jadis avant de se marier, les fiancés doivent se présenter devant la Reine pour recevoir sa bénédiction. Cependant, elle ne la donne qu’après que le jeune homme et la jeune fille, chacun de son côté, descendent les 257 marches qui forment l’escalier. Nombre que chacun doit par la suite dire à la souveraine.
Si leurs deux réponses sont justes et concordent, ils reçoivent ce « tsodranon’ny mpanjaka » tant espéré. En revanche si elles sont fausses et, de surcroît, ne concordent pas, elle les sépare immédiatement car, argue-t-elle, ils seraient incapables de s’entendre et de vivre en harmonie.
La chute d’Andriamamovoka porte bien son nom. À quelques marches de la passerelle d’où l’on a une belle vue sur la chute, on se fait déjà aspergé par des « poussières » d’eau. En reflétant les rayons du soleil, ces gouttelettes dévoilent un arc-en-ciel dont l’emplacement varie selon la position du soleil: à l’ouest dans la matinée, à l’est dans l’après-midi. La tradition orale soutient pourtant que cet arc-en-ciel n’apparaît que si l’on siffle d’une certaine manière.
En saison sèche, quand l’eau est très basse, il est possible de traverser la rivière en empruntant les gros rochers qui constituent son lit. La Reine, elle, se contente d’une plateforme naturelle située près de la chute, pour prendre son bain. Elle se laisse aspergée par les embruns de l’eau qui vient frapper le bas de la plateforme, précisent les villageois. Il semble également que c’est près de cette plateforme que se déroulent les sacrifices rituels de bœufs « volavita » organisés à Tsinjoarivo.
C’est entre les deux chutes d’eau également que sont exécutés les jeunes gens qui tiennent compagnie à la Reine, la nuit précédente. Au petit matin, des éléments de la garde royale entraînent chaque malheureux élu vers son destin, au bord de l’Onive, pour le décapiter. Par cet acte, dit-on, elle supprime la preuve de son inclination pour les beaux mâles du village. Par respect pour ces « victimes innocentes », il est interdit de salir, de quelque manière que ce soit, l’espace entre les deux chutes. C’est d’ailleurs l’unique tabou qui existe dans le Rova de Tsinjoarivo et ses proches environs.
Une autre coutume populaire se déroule au pied d’Andria­mamovoka jusqu’en août 2008. Sur la rive occidentale de la chute d’Andriamamovoka, le sorcier et guérisseur Rainizafindraizay soigne le peuple au début du
XXe siècle. Selon la tradition orale, il donne rendez-vous aux malades sur la butte d’Ankadiazandrano où se trouve encore aujourd’hui son « armoire à pharmacie ». C’est là qu’il conserve les « fanafody » (médicaments) dont ont besoin ses malades. Il les fait aussi danser les rochers d’Andriamamovoka. C’est ce qui aurait donner lieu au proverbe: « Sikidy mila voa tsihary, ka mampandihy marary » (divination qui cherche la petite bête, oblige les malades à danser).
Toujours d’après la tradition orale, répondant à l’appel d’une « Fille de l’eau », il lui arrive de plonger au pied d’Andria­mamovoka pendant deux à trois heures. Durant son immersion, la « Zazavavindrano » lui dicterait tous les soins à prodiguer à chaque malade et indiquerait les « médicaments » à prescrire, toujours à base de plantes et d’arbres, médicinaux en principe. Un jour, dit-on, il plonge , mais ne réapparait plus. Son corps n’est retrouvé que trois jours plus tard assez loin d’Andriamamovoka, entraîné par les eaux de l’Onive.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Madatana

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