Editorial Opinions

République bonne annière

Qu’est-ce qui change entre dimanche et lundi, entre le dernier jour de 2017 et le premier jour de 2018 ? Pas grand chose bien évidemment. On est passé d’une année à l’autre avec les mêmes réalités, les mêmes soucis, les mêmes difficultés, les mêmes appréhensions, les mêmes hantises, les mêmes préoccupations. Et ce ne sont pas les vœux les meilleurs qui vont pouvoir changer quoi que ce soit tel un coup de baguette magique. En fait, seule la date a changé depuis qu’on est passé du calendrier julien au calendrier grégorien le 15 octobre 1582.
C’est dans le comportement individuel ,les relations familiales, les implications sociales qu’on note un changement fondamental. Les nouvelles technologies sont en train de faire des ravages. Jadis le nouvel an est une occasion de retrouvailles familiales, de raffermis­sement des relations sociales, de réconciliation et de pardon. Une opportunité de se faire des voeux sincères, personnalisés et uniques.
Les vœux sont devenus une routine et une obligation. Les nouvelles technologies ont pratiquement annihilé les rapprochements, les visites, les bénédictions exprimées par une dinde, une oie ou une enveloppe symbolique remise aux parents, aux notables, aux autorités. C’est toute la structure sociale basée autour du fihavanana qui se trouve fragilisée sinon anéantie. L’époque d’envoi de cartes de vœux par voie postale, qui prouve un attachement et une estime à l’endroit des destinataires, est définitivement révolue. Les vœux n’expriment plus un sentiment, une pensée à travers laquelle se transmet la chaleur humaine mais se trouvent réduit à un mode d’expression social stéréotypés, industriels. Les technologies permettent des vœux par vidéo qu’on envoie à tous les contacts répertoriés dans Messenger, Viber, Whatsapp, Imo ou autres. Même l’écriture, seul moyen d’exprimer un sentiment réel, une conviction profonde a disparu au profit des artifices technologiques. C’est la raison pour laquelle le Président de la république a rompu avec la tradition, préférant la foule contact avec les nécessiteux de la capitale au traditionnel message de vœux à la Nation. Il a justement rappelé l’importance de la famille lors de la messe, à la cathédrale d’Andohalo, consacrée à la fête de la famille.
C’était en fait le message à la Nation du Président. Un message approprié par les temps qui courent. L’évolution technologique étant, il risque de prêcher dans le désert face à une situation visiblement irréversible.
On est en plein dedans dans une répu­bli­que « bonne annière » où les mœurs ont complètement changé. C’est un pays qui a perdu son âme, son identité, sa culture, sa spécificité. La Constitution n’a rien à y faire et un référendum est complètement inutile.

Par Sylvain Ranjalahy

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