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Notes du passé

À la découverte des mystères du Lac Froid

Un site dans les monts Ankaratra, mais du côté de Faratsiho.

Dans la région de Manjakatompo, la belle station forestière d’Ambatolampy sur la route de l’Ankaratra, se trouve le Lac Froid, réserve d’eau alimentant la ville d’Ambatolampy. Fulgence Eutrope Ramilijaona fait, dans une Note du 15 mars 1971 publiée dans le Bulletin de Madagascar d’avril 1971, la description des « mystères des lieux ». Du Lac Froid, un petit sentier discret, « secret même », conduit au pied d’une cascade dans une forêt d’arbres et d’arbustes de noms inconnus entrelacés de lianes. « L’eau tombe en gerbes glacées. Pour qui veut participer au sacrifice, il doit s’astreindre au rite habituel de l’ablution pour se purifier. » La purification consiste également au respect des interdits- par exemple un produit à base de porc (viande, graisse, charcuterie…)- dont la transgression est un sacrilège mortel provoquant la colère des dieux contre le profanateur. Ainsi, à partir de la cascade, marcher pieds nus est de mise car les chaussures ne sont pas permises dans cette enceinte archi-sacrée.

Il faut aussi rester découvert, même si le soleil tape fort. De même, le silence est de rigueur. « Attention aux faux pas si vous ne voulez pas être commenté sévèrement et d’une façon fantaisiste parfois. » Arrivés au sommet de la montagne, on trouve une grande clairière que seuls les adeptes du culte connaissent. « Ici et là, de vieux troncs d’arbres troués recèlent différents présents : des bonbons, du miel, des têtes et des pattes de poule, des pièces de monnaie. » Des crânes de bœufs munis encore de leurs cornes s’accrochent un peu partout. Au milieu, à l’ombre d’un grand figuier, le tombeau royal impose le respect par son aspect insolite. Il est couvert de sang séché et d’ossements d’animaux ainsi que de présents hétéroclites. Devant le tombeau, se dresse une table de pierre soutenue par deux autres plantées là, on ne sait par qui.

« Tout autour, les gens, hommes, femmes, enfants, jeunes et vieillards, las et fatigués d’un long trajet, attendent silencieusement, saisis d’une crainte mystérieuse. Un grand-père enveloppé dans son grand lamba blanc de fête, cache jalousement un coq sous le bras gauche. Une grande famille garde un agneau blanc retenu par une cordelette rouge. Un bœuf roux tacheté de blanc sur le front rumine, insouciant au pied d’un arbre. De grands coutelas et des cuvettes blanches luisent au soleil. Des joueurs de flûtes et de tambours s’exercent en sourdine. » 13 heures environ : un grand individu aux cheveux crépus, la barbe en broussailles, une longue bure jusqu’à terre- le prêtre sans doute- « foudroie l’assemblée d’un regard circulaire ». Calme et mystérieux, il se place devant la porte du tombeau, s’incline presque comme coupé en deux, se croise les bras sur la poitrine, lève les mains au ciel, puis les ramène sur la figure tout en prononçant des oracles incompréhensibles, et enfin, se tourne vers l’assistance. « Brusquement, comme par enchantement, le silence est rompu et une cacophonie de tam-tam, de cris, de prières, de danses étranges et de protestations accompagne le rythme des chants. »

Dix hommes robustes saisissent le bœuf, l’immobilisent en un clin d’œil à l’aide des cordes. Le prêtre et ses acolytes arrivent avec la cuvette posée sur un linge blanc et un grand coutelas, saignent longuement l’animal avant de lui donner le dernier coup de grâce. Le sacrificateur revient ensuite devant l’entrée du tombeau, prend une poignée de terre et la mélange au sang du bœuf, fait une courte révérence et asperge les fidèles au moyen d’une branche de figuier pendant que tous se promènent à terre dans un murmure confus et des gestes convulsifs. Enfin, arrive l’offrande de l’agneau, des coqs et autres présents appropriés. Le repas communautaire se prépare quand les derniers mots de prédiction, de reproche ou d’exhortation d’une femme qui exécute une danse hystérique soutenue par des acclamations scandées par les assistants. Ces derniers ne perdent pas un moment pour suivre les différentes phases des gestes et paroles de cette femme en transe, en relations directes avec un être invisible. « La cérémonie finira tard dans la soirée, mais soucieux de regagner la capitale, vous partirez heureux d’avoir vu un tel évènement typique et unique en son genre. »

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