Editorial

Grosse tête

Il ne se passe pas une semaine où un bébé est jeté par sa mère dans un bac à ordures ou dans une fosse septique. Un fait divers devenu banal qui relève d’une information ordinaire. Néanmoins, l’indignation est générale face à cette situation. La fureur envahit les réseaux sociaux. La fautive est mise sur le bûcher de la justice populaire virtuelle. Mais le fait doit interpeller les uns et les autres. Faut-il ou pas légiférer l’interruption volontaire de grossesse ou l’interruption médicale de grossesse pour éviter de voir de telles images ?

Ni l’une ni l’autre n’ont trouvé grâce aux yeux des parlementaires qui les ont catégoriquement rejetées en 2017 malgré un lobbying composé d’un corps médical.

Le fait est que lors des épreuves d’education physique et sportive du baccalauréat, le test a révélé que plus d’une centaine de candidates étaient enceintes rien qu’a Antananarivo. Ramené à l’échelle nationale, le chiffre devrait dépasser facilement le millier étant donné que la sexualité est plus précoce sur les côtes. On ignore combien parmi ce millier de bébés non désirés auront la chance de survivre et seront condamnés à vivre dans une famille adoptive ou dans un orphelinat, où de se retrouver dans des latrines. Pour celles qui ont un minimum de moralité, on sera obligé de les intégrer dans un centre d’accueil pour fille mère.

Les statistiques témoignent donc l’inefficacité de la campagne contre la grossesse précoce dans un endroit où la population cible est censée être la plus réceptive. Si en terminale, les jeunes filles ne savent pas compter leur menstruation, que peut-on espérer à l’échelon plus bas avec le taux de réussite dérisoire au BEPC ? Les surdoués à la tête bien faite seront sérieusement concurrencés par les sous doués du bas ventre.

Les parlementaires sont-ils conscients de la réalité pour s’y opposer bêtement ? Il est bien évident que l’Église constitue également un rempart en béton dans cette bataille pour disposer de sa décision de procréer ou pas. Il faut dire que, même interdit, l’avortement est une pratique courante même s’il est impossible de disposer de statistiques. La où il est autorisé, curieusement, le recours à l’avortement n’est pas énorme.

Le paradoxe est qu’on dépense énormément d’argent pour sensibiliser la population contre la grossesse précoce mais on est peu enclin à voter une loi pour l’éviter quand on sait qu’elle peut porter préjudice et à la mère et à l’enfant. Quand on regarde les statistiques des enfants qui naissent avec des anomalies , siamois, trisomiques…et qui causent beaucoup de problèmes à leurs parents, les parlementaires ont le devoir de revoir leur position. Il est inutile de jouer la grosse tête contre la grossesse.

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