Accueil » A la une » Plantations – Au pays des senteurs
A la une Chronique

Plantations – Au pays des senteurs

L’ylang-ylang est l’une des plantes qui ont donné à Nosy Be son nom d’ile aux Parfums.

« Pour que la mer ne soit plus la limite de notre rizière »

Par la diversité de son climat et de ses sols, Madagascar possède un très fort potentiel en matière de plantes médicinales et aromatiques, ainsi que d’épices, affirme le chroniqueur Tom Andriamanoro. Cette pharmacopée traditionnelle à l’exceptionnelle richesse, est pourtant menacée par les feux de brousse.

GIROFLE, ylang-ylang, vanille ou poivre ont de tout temps été associés aux parfums de la Grande Ile. Tagète, basilic, géranium, vétiver et autres niaouli qui entrent aussi dans des compositions de parfums et de produits alimentaires ont réussi leur positionnement sur le marché. La carte de Madagascar des épices va approximativement de Sambava, dans le Nord-Est, à Vangaindrano dans le Sud-Est, en passant par des hauts-lieux comme Fenoarivo-atsinanana, Brickaville ou Mananjary. À cette ceinture orientale, s’ajoutent des poches intéressantes comme le Sambirano à l’Ouest et certaines régions des Terres Centrales, où il est possible de faire pousser sans problème des cultures méditerranéennes. Le « ravintsara » et le géranium ne donnent que sur ces Terres Centrales, alors que la notoriété du Nord et de l’Est est établie de longue date pour ce qui est notamment des épices et de la vanille. À l’Ouest, on pourrait citer le « mandravasarotra » et le « vahanamalona », une liane aux vertus parapharmaceutiques, et au Sud le « katrafay ».

Actualité oblige et à tout seigneur tout honneur, accordons les premières places au « ravintsara », omniprésent dans tous ses… états, des huiles essentielles aux purificateurs d’air, en passant par les feuilles vendues en gerbes à même les trottoirs. Outre son affectation première qui est celle de plante médicinale, le « ravintsara » est aussi utilisé en parfumerie ou en cosmétique. Son nom scientifique est le « Cinnamonium Camphora », ce qui sous-entend la présence de camphre. Il se trouve que le « ravintsara » malgache n’en contient pas, ou tout au plus quelques traces. Cela est peut-être dû au biotope. Il en résulte qu’il est très recherché sur le marché international, notamment aux États-Unis et en Europe du Nord. Il y a quelques années, du temps où le prix de l’huile essentielle de « ravintsara » était d’environ 70 euros le kilo, Madagascar n’en produisait qu’une tonne par an, pour une demande avoisinant les vingt tonnes. La marge de progression était alors importante, ce qui a peut être incité certains à introduire le « ravintsara » dans les programmes de reboisement. Cette option n’a pas fait l’unanimité chez les vrais professionnels de la filière, car pouvant entrainer une dépréciation du produit.

Concernant la vanille, on n’en fait pas d’huile essentielle, mais des extraits appelés oléorésines. L’épouvantail de service est, bien sûr, la vanilline. Le fait pour les industriels de se touner vers le synthétique n’est pas uniquement une question de prix. La sauvegarde de la vanille naturelle requiert avant tout une démarche appropriée pour maîtriser le marché, car les joutes y sont impitoyables. Ne plus se croire immuablement le meilleur donc, puisqu’il faut sérieusement compter avec des pays comme le Mexique, le Guatemala, l’Inde, sans parler de l’ogre indonésien. Des outsiders comme la Papouasie Nouvelle-Guinée ou l’Ouganda, venus sur le tard, attendent leur heure. À Madagascar, l’actualité rapporte malheureusement des cas devenus fréquents de cueillette immature ou de vol. Attention danger…

Pour ce qui est du poivre, le premier pays producteur est l’Inde, mais son poivre n’a rien à voir avec celui de Madagascar, en termes de qualité. L’astuce des importateurs est de faire du poivre malgache, dont le prix est plus cher que celui de l’Inde, en quelque sorte un « bonificateur ». Il s’agit de « couper » les deux, pour obtenir un produit moyen à prix moyen. Et le girofle ? Difficile de ne pas parler de l’ancienne station de recherche agronomique d’Ivoloina, au Nord de Toamasina, qui, au début des années 2000, était tombé en désuétude. C’est pourtant là que quelques opérateurs soucieux de qualité ont retrouvé des variétés qui avaient fait la renommée de Madagascar. Grâce à son sol alluvionnaire, la culture de plantes aromatiques et d’épices est devenue une tradition dans la région d’Analanjirofo. Malheureusement, la plupart des girofliers ont été plantés dans des temps lointains, si bien que, faute d’entretien et d’investissement, les paysans sont revenus à l’économie de cueillette, se satisfaisant de ce que l’arbre voulait bien donner. Les opérateurs ont réussi à recréer des qualités oubliées comme le « Handpicked and selected » (HPS), qui est ce qui se produit de mieux en matière de clou de girofle. La cannelle a bénéficié du même sauvetage, pour ne parler que de la cannelle en tuyau ou « cigarette » mondialement appréciée.

Terminons en beauté ce tour d’horizon, qui n’ambitionne pas de tendre à l’exhaustif, par l’univers de la cosmétique et de la parfumerie. Le « masonjoany » utilisé principalement par les femmes du Nord de l’île gagnerait à être exploité d’une manière plus rationnelle pour devenir un vrai produit commercialisable. En parfumerie, les matières les plus cotées en Europe, au Maghreb, ou en Turquie sont le jasmin ou la rose. Notre susceptibilité en souffrira, mais dans beaucoup de pays où la parfumerie est une longue tradition, l’ylang-ylang est dédaigneusement surnommé « le jasmin du pauvre »…

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

Voir aussi