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« Histoire d’Iles » – Les Chagos

Diego Garcia est mis, par Londres, à la disposition des Etats-Unis du fait de sa position stratégique.

L’Archipel des Chagos est un ensemble de sept atolls dont quatre sont submergés, totalisant cinquante cinq îles. Il est situé dans le Nord de l’océan Indien à peu près à 1 800 km des Seychelles et 1 100 des Maldives. Les Chagos sont administrés par le Royaume-Uni sous la désignation de «  Territoire britannique de l’océan Indien  », mais sont revendiqués à la fois par l’Ile Maurice et les Maldives. L’éparpillement des îles confère aux Chagos une zone économique exclusive de 636 600 km2 mitoyenne de celle des Maldives. Diego Garcia est la plus méridionale de ces îles, la plus grande et la seule habitée. Ses terres émergées entourent un lagon qui constitue un port naturel pouvant accueillir les plus grands navires du monde. Outre la base militaire proprement dite, Diego Garcia possède un aéroport et quelques routes reliant les zones militaires, techniques, ou d’habitation. La faune des Chagos est essentiellement marine. Les récifs comptent deux cent vingt espèces de coraux, et apportent un abri et une source de nourriture à plus de mille espèces de poissons, tout en étant un site de reproduction pour les requins, les tortues de mer, ou les dauphins.

Des simulations sur ordinateur de la navigation entre l’Indonésie et Madagascar montrent que les Maldives et les Chagos étaient des escales probables sur la route des « protomalgaches ». Ce n’est qu’à partir de 1784 que l’archipel commence à être habité de façon permanente. Un des premiers à s’installer est le nommé Pierre Marie Lenormand, venant de l’Ile Maurice avec un peu moins d’une centaine d’esclaves originaires de Madagascar et du Mozambique. Entre 1780 et 1820, les Chagos sont aussi utilisés par les Français et les Britanniques comme léproserie, dans l’espoir qu’une alimentation à base de viande de tortue serait bénéfique aux malades. Les Britanniques formalisent leur possession de l’archipel dans le cadre du Traité de Paris, du 30 mai 1814. Ils l’intègrent d’abord aux Seychelles, et plus tard à leur colonie de Maurice le 31 aout 1908.

Les États-Unis commencent à s’intéresser à Diego Garcia dans les années 1960. La position stratégique de l’île permet, en effet, d’intervenir militairement partout dans la région et de contrôler les voies maritimes empruntées par le pétrole et les matières premières. Des négociations secrètes aboutissent en 1966 à un échange de lettres à valeur de traité qui permet de se passer de l’approbation du Parlement britannique. Par cet accord, Londres met l’île à la disposition de Washington pour une durée de cinquante ans renouvelable. Entretemps, le 8 novembre 1963, soit trois ans avant l’indépendance de Maurice, les Britanniques avaient mis en branle le même subterfuge déjà utilisé avec succès par les Français pour les Iles malgaches « éparses » : ils détachent les Chagos de l’Ile Maurice pour en faire un « Territoire britannique de l’océan Indien ». Comme les États-Unis exigent un « contrôle exclusif » sur Diego Garcia, le gouvernement britannique entreprend alors d’expulser les Chagossiens vers les Seychelles et l’Ile Maurice, avec une petite indemnité d’installation dans leur « nouvelle patrie », mais sans possibilité de retour. Les dernières vagues de déportation ont lieu en 1973. On ne rencontre plus aujourd’hui à Diego Garcia que des militaires américains, des fonctionnaires britanniques, et des travailleurs sous contrat.

C’est dans ce contexte que les Chagossiens se sont lancé à partir de 1998 dans une série de recours en justice à l’encontre du gouvernement britannique. Ils sont déboutés le 22 octobre 2008 lorsque la Chambre des Lords, dernier recours en appel dans le système judiciaire britannique, entérine la situation du territoire et ne leur laisse aucune possibilité de retour sur leurs terres. Une autre bataille du droit est celle menée par l’Ile Maurice. Le 22 juin 2017, l’Assemblée générale des Nations Unies demande à la Cour internationale de justice de rendre un avis consultatif portant sur le respect par le Royaume-Uni des règles du droit international lors du processus de décolonisation. La Résolution demande également à la Cour de se prononcer sur les conséquences juridiques de la séparation de l’Archipel des Chagos d’avec l’Ile Maurice, et du maintien de l’archipel sous administration britannique. L’analyse du vote révèle un soutien des grands pays du Sud (Afrique du Sud, Algérie, Cuba, Égypte, Inde, Nigéria, Philippines, Vietnam…) et un rejet provenant de pays comme l’Australie, Israël, le Japon, ou la France.

Le 25 février 2019, la Cour internationale de justice estime dans un avis consultatif que le Royaume-Uni a « illicitement » séparé l’Archipel des Chagos de l’Ile Maurice. Le 22 mai 2019, l’Assemblée générale des Nations Unies ordonne à la Grande-Bretagne de restituer les Chagos à la République de Maurice dans un délai de six mois. Ce délai a expiré le 22 novembre 2019 sans que rien ne change sur le terrain. Les grandes puissances n’ont que faire des avis des Cours internationales ou des résolutions de l’ONU, juste bons à bercer les petits comme Maurice ou… Madagascar jusqu’à ce que sommeil s’ensuive. Déjà en 2010, l’intégralité des Chagos, Diego Garcia excepté, avait été classé Réserve naturelle par les britanniques, une initiative déclarée illégale par le Tribunal international du Droit de la mer. Dans un télégramme diplomatique intercepté par Wikileaks, il est écrit que la création d’une Réserve naturelle est « la façon la plus efficace à long terme pour empêcher les anciens habitants des Chagos ou leurs descendants de revenir ». C’est très exactement ce qu’Emmanuel Macron se propose de faire sur les Iles Glorieuses. On ne change pas une stratégie qui gagne.

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