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Chronique

Merci, HdH

Je vais t’appeler «HdH» puisque tu refuses qu’on te dévoile, Zanatany plus amoureux de l’architecture d’autrefois que ne le seront jamais tant de promoteurs immobiliers Teratany. Ce «village merina» en raccourci, que tu as bâti à Analamahitsy-Nanisana, se signale déjà imparablement au regard admiratif des passants. Véritablement «Mampiherika».

Tu as cependant insisté pour un «valim-babena» à feu Henri Raharijaona – premier Président de la Cour d’Appel (1965-1971), secrétaire d’état aux Affaires étrangères et Ambassadeur de Madagascar à Washington (1972-1975), Paris, Londres et Madrid (1975-1984) – auquel ce petit complexe d’architecture traditionnelle rend directement hommage. Une sorte de «Mélanges», en souvenir du même projet, mais initialement prévu à Ambohimanga, et qui malheureusement ne vit jamais le jour du vivant de l’ancien Chancelier de l’Académie malgache.

Je cite volontiers tes mots qui trouvent écho dans mes protestations d’affreux conservateur et mes plaidoyers de nostalgique pathologique : «Tous les hommes, contre les apparences de chaque jour, n’étaient pas ivres de laideurs». Les laideurs en question sont ces «cubes colorés qui meublaient la plus grande ville des hommes», «arêtes vives des parois de cubes minéraux, plaqués de verre froid, pauvre orgueil répété inlassablement le long de voies semblables».

À Analamahitsy-Nanisana, la Trano Gasy, précédée de son «lavarangana» à hauts piliers de pierre, exhibe ses briques à la couleur de la terre d’ici. Elle est la vitrine spectaculaire des «Maisons de Villentroy». À ses côtés, les antiques Trano Kotona, réinterprétés ici sans être dénaturés, s’étagent comme ils se succédaient autrefois le long de la pente des collines, physiquement et étymologiquement «Vohitra». Là, un «Rarivato» de pierres sèches, dont la froideur sépulcrale joue la partition de l’éternité, porte la beauté rapide de la boiserie, avec sa chaleur qui magnétise le regard et sa patine qui invite à la caresse. Leurs ancêtres se dressaient jadis dans le paysage d’Ambohimalaza ou d’Ambohimanga, des collines royales et celles moins princières. Là-bas, comme ici, et en maints ailleurs, c’est une architecture en ruines, par indifférence, impécuniosité et indivision successorale.

«À l’angle de deux rues, pourtant, des hommes avaient assemblé lentement les pierres taillées, les briques de terre rouge, les solives et les bois travaillés et ordonnés, lentement, comme ils imaginaient les demeures que leurs anciens avaient voulu bâtir et habiter. Ils avaient retrouvé au fond de leurs mémoires les proportions fidèles, la grâce, les couleurs même qui réveillaient en leurs coeurs le souvenir de leur savoir-faire et de leur élégance personnelle, celle que seuls en ce monde leurs anciens avaient su définir et affirmer comme la signature de leur passage ici-bas».

Le paysage qui porte cette signature ne peut être confondu avec tels autres qui, comme la route sans âme des hydrocarbures, arbore des «trano fitaratra» ou des «tours Orange» qu’on retrouverait à New York, Singapour ou La Défense. Banalement semblables, dramatiquement anonymes. Paysages de rocade, façades sur by-pass, esquisses hâtives pour voies rapides par lesquelles on ne fait que passer, comme pour fuir au plus vite cette architecture abâtardie et son urbanisme inqualifiable.

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