Chronique

Ô joie ! Au bonheur…

Madagascar 2 Nigéria 0. Il fallait être sourd et aveugle pour ne pas être au courant. Et, que Madagascar termine en tête de son groupe de quatre équipes. Pour une première participation à une phase finale d’une compétition majeure, la joie populaire a été à la mesure de «l’exploit».
Le succès contre le Nigéria est significatif. Sans guillemets. Il s’agit d’une authentique victoire sur une «pointure» du football en Afrique. Le Nigeria s’est révélé à la Coupe du Monde 1994 grâce à son huitième de finale perdu de justesse contre l’Italie de Roberto di Baggio, Ballon d’Or 1993. Les Champions d’Afrique en titre menaient encore au score à deux minutes de la fin du temps réglementaire… De huitièmes de finale en Coupe du Monde, le Nigeria en aura déjà disputé deux autres depuis (1998 et 2014) et compte trois titres de Champion d’Afrique (1980, 1994 et 2013). Une victoire contre l’une des grandes nations du football africain (Cameroun, Ghana, Égypte, Nigeria) constitue une performance suffisante sans avoir à se demander si, contre la Guinée ou le Burundi, avec un match nul ou une victoire, Madagascar surprend ou crée la suprise.
Cette victoire, qui assure une qualification au second tour, envoie également Madagascar dans une autre compétition à élimination directe, comme le veut l’expression consacrée, car on pourrait tout aussi dire «à qualification directe». Et l’engouement dont ont fait montre les téléspectateurs malgaches va connaître un paroxysme dramatique, sans plus l’espoir du match d’après. La métaphore guerrière, nationaliste, chauvine, sera à son comble, unique occasion où elle sera invitée à s’exprimer sans ambiguïté.
Le football est particulier. Ce sport, qui consiste basiquement à courir à vingt-deux derrière un ballon, comptait de nombreux indifférents, sceptiques et détracteurs. Cette fois, même les femmes que l’on sait nombreuses à se moquer des mâles soirées Coupe du Monde, Euro ou Ligue des Champions, auront été non moins nombreuses à s’enthousiasmer derrière une équipe qui ne leur disait encore rien (mais pas qu’à elles) jusqu’à sa qualification pour cette CAN. Le foot est définitivement particulier à réussir cette mobilisation et à provoquer cette hystérie collective dont tout le monde se réveillera un peu honteux, demain.
Le foot est encore plus particulier de pouvoir s’ériger en indicateur du «moral d’une nation», mieux qu’un PIB compliqué du Bonheur ou d’indicateurs composites encore plus complexes du PNUD. Le grand mot d’Unité nationale peut être lâché sans grand risque de contradiction quand on entend la clameur victorieuse monter de partout et qu’on voit la population se ruer dehors au milieu de la nuit. Faisant fi de l’absence d’éclairage public et conquérant un moment l’espace public habituellement abandonné à l’insécurité.
«Alefa Barea» : là aussi, il fallait être sourd pour ne pas entendre. Injonction tyrannique qui ne supporte pas la réserve lexicale. Joie totalitaire qui ne tolère pas un scepticisme prudent quant au désert du football malgache derrière le baobab de cette équipe nationale. Diktat collectif à simplement faire la fête avec tout le monde et à ne surtout pas jouer les oiseaux de mauvais augure. Pas maintenant.

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