Opinions Texto de Ravel

Ne touche pas à mon utérus

Simone Veil est décédée à 89 ans. Rescapée des camps de la mort, icône féministe, grande européenne, elle était l’une des rares personnalités politiques françaises à faire l’unanimité à Droite comme à Gauche. 26 novembre 1974, ce bout de femme monte à la tribune de l’Assemblée nationale pour défendre son texte pour autoriser l’interruption volontaire de la grossesse (IVG). Elle a été insultée, menacée. Une phrase du journal Le Monde d’hier au sujet de cette héroïne du féminisme et de la République Française est poignante : « On imagine mal, aujourd’hui, la violence des débats. »
Coïncidence malheureuse, en 2017 dans la même semaine, les organisations, travaillant dans la protection et la promotion des droits de la femme, vivent ce que Simone Veil a subi, il y a quarante-trois ans plus tôt. En France, les hommages pleuvent et reconnaissent que le combat de cette femme pour l’interruption volontaire de la grossesse ou IVG est finalement un acte citoyen qui a beaucoup apporté à la France et aux Françaises. À Madagascar, nos sénateurs ont préféré botter en touche et esquiver la demande de révision de la loi permettant l’usage du planning familial chez les femmes.
Madagascar en 2017, il est toujours difficile d’aborder librement le sujet de la planification familiale. Sûrement parce que l’on parle de sexualité et de surcroit «la sexualité de la femme». Grâce à la planification familiale, la femme dispose de la garantie de pouvoir choisir le nombre d’enfants qu’elle souhaite avoir et surtout quand elle sera prête à les avoir. L’Étude démographique de Santé confirme ce besoin grandissant de l’accès aux méthodes contraceptives. 70% des femmes enquêtées ont affirmé vouloir utiliser une méthode de contraception. Pourtant, seules 32.5% ont confirmé en utiliser.
Car entre vouloir et pouvoir gérer son utérus, il y a un hiatus. D’abord, la non-existence des services de planification familiale, la rupture des produits mais également la méconnaissance, la non-acceptation du partenaire. Celles qui souhaitent planifier leur corps sont mal perçues car elles seraient des femmes de mauvaises conduites et dangers pour les hommes mariés et pour la société en général.
Il faut savoir que 17% des jeunes filles ont leur premier rapport sexuel avant l’âge de 17 ans de manière volontaire ou suite à des contraintes. Dans certains régions telles que Ihorombe,  52% des jeunes filles ont même leurs premières relations sexuelles avant l’âge de
15 ans selon l’Enquête Démographique et de Santé de 2009. Sachant que la maternité n’est pas toujours le premier but d’une relation sexuelle. Ainsi, les études ont démontré que la plupart des jeunes filles  ont recours à au moins un avortement clandestin avant l’âge de 18 ans.
L’avortement clandestin est une pratique courante chez les jeunes Malgaches. 53,5% des jeunes femmes entre 15 et 24 ans en milieu urbain ont répondu qu’elles avaient fait au moins un avortement pour l’année 2007. Cette pratique n’est pas nouvelle car environ 50% des femmes dans la quarantaine ont déclaré avoir recours au moins une fois à l’avortement avant l’âge de 25 ans. Beaucoup de femmes choisissent l’avortement à un âge plus jeune, en particulier les femmes dans les milieux ruraux suivant les études de l’Institut National de Santé Publique et Communautaire (INSPC) en 2013 intitulé « Interruption volontaire des grossesses clandestines ».
Les défis posés par la loi qui pénalise l’avortement, ainsi que les fortes pressions exercées par les croyances religieuses et sociales contre l’avortement, obligent les femmes à recourir à un avortement clandestin. Généralement, l’avortement clandestin et non assisté par des personnes qualifiées est une expérience traumatisante pour les femmes qui ont choisi cette voie. Outre les conséquences physiques qui pourraient entraîner une hémorragie, la stérilité, le cancer du col de l’utérus, une complication après l’intervention peut entrainer la mort. Les femmes ont également déclaré subir des séquelles psychologiques.
Dans la culture malgache, être mariée puis avoir un enfant est un signe d’une vie accomplie et réussie et doit se faire dans cet ordre strict. Tout au long de leur vie, les garçons et les filles sont éduqués pour devenir «pères» et «mères», basés sur des rôles et des stéréotypes de genre construits. Les partenaires masculins exercent un contrôle et une pression considérables sur les femmes pour avorter ou mener une grossesse à terme. La peur d’être délaissée par le partenaire dicte les comportements de tant de femmes. De plus la société malgache manque de tolérance à l’égard des mères célibataires.
Il est grand temps de réviser la loi du 17 Avril 1920 qui régit le programme de planification familiale à Madagascar afin de promouvoir un accès universel au service de méthode contraceptive pour les  femmes victimes d’abus sexuels incluant la contraception d’urgence et surtout un programme d’éducation sexuelle complet adapté à l’âge et la culture de chaque population cible.
Elle a été violée et, par la suite, forcée par la société et la loi de garder et élever un enfant fruit d’un viol ; celle-là a su que son enfant aura des handicaps lourds et que sa vie se résumera à un état végétatif morbide, une autre sait pertinemment qu’elle n’a pas les moyens de faire vivre seule avec cet enfant dont le père s’est enfui. Arriver au choix de ne pas garder un enfant est humainement complexe, mais le droit au choix est fondamental. Le corps de la femme lui appartient, comprenons, accompagnons car la répression n’est nullement une solution.

Par Mbolatiana Raveloarimisa

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