Editorial

Taux zéro

L’abstention serait -elle la nouvelle forme de contestation ou tout simplement l’illustration de l’irresponsabilité, du déclin du patriotisme ?. C’est le tout à la fois. La pauvreté n’est pas tout simplement matérielle. À l’image de la plupart des candidats aux législatives qui ignorent totalement le rôle d’un député et qui manquent cruellement d’idées et de vision, le niveau de l’électorat s’est aussi appauvri. Comme 80 % des électeurs ont à peine fréquenté le niveau primaire, le discours des candidats répond parfaitement à leur attente. Quand on voit que les deux candidats qualifiés pour le second tour de la présidentielle de 2018, étaient les plus riches d’entre tous et non pas forcément ceux qui ont présenté le meilleur programme, les « bons » candidats n’ont aucune chance de se faire élire alors que le vote des « bons » électeurs ne fera jamais le poids.

Plus l’électorat rajeunit, plus il devient de moins en moins cultivé avec les séquelles de la pauvreté qui atteignent l’éducation et l’enseignement, et plus il se sent de moins en moins engagé sur les choses publiques.
La démission des électeurs peut s’expliquer de plusieurs manières. Il y a, d’abord, le niveau de la plupart des candidats qui sont loin de valoir le poste visé. Mais c’est le revers de la démocratie et de la liberté qui mettent tout le monde sur le même pied d’égalité. Les électeurs refusent d’élire des représentants véreux et voraces s’agissant des députés.

Ensuite, il y a le comportement arrogant des institutions électorales qui exaspèrent les électeurs. Outre la mauvaise organisation générale du scrutin matérialisée par une liste électorale bâclée, le traitement des résultats ainsi que le sort réservé aux contentieux ne sont pas de nature à rassurer les électeurs. On ne peut qu’être outré quand la Haute Cour Constitutionnelle exige des preuves de fraudes alors qu’une même personne signe à la place de tous les électeurs inscrits dans un bureau de vote. Il ne peut y avoir meilleure preuve qu’une telle bêtise. La Ceni ou la HCC aurait pu, sans hésiter, annuler le scrutin dans ce bureau de vote au lieu de chercher la petite bête. Si ce n’est pas de la mauvaise, une manière de cautionner les fraudes, cela y ressemble.

De 47% lors de la présidentielle, le taux de participation est tombé à 35% en l’espace de six mois. Quand le Président de la République lui même minimise une telle chute, affirmant que les législatives ne concernent pas tellement la population, il ne faut pas espérer une meilleure participation des électeurs pour les autres scrutins. Une déclaration à l’emporte-pièce et en totale contradiction avec sa conviction. Si les législatives n’étaient pas importantes, il aurait dû dissoudre l’Assemblee nationale, théâtre de toutes les scènes de corruption et plus budgétivore, et non le Sénat réduit aujourd’hui à inaugurer les chrysanthèmes après l’adoption d’un budget symbolique dans la nouvelle loi de finances.
À l’allure où vont les élections, le taux de participation va davantage s’effriter pour tendre vers zéro. On craint fort que les candidats soient leurs propres électeurs d’ici quelque temps.

Un élu est-il encore légitime quand il n’obtient que le dixième du seuil minimum des voix alors que le taux de participation n’est que de 10%? Est-il encore représentatif de ses électeurs et de sa circonscription électorale ?
On finira par supprimer le suffrage universel direct si rien ne change. Les électeurs sont réellement une espèce en voie d’extinction. Les bailleurs de fonds et la communauté internationale auront tout fait pour qu’il en soit ainsi en validant des élections tronquées dès le départ avec des listes électorales confectionnées de toutes pièces.

1 commentaire

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  • Avec cette realite crue et cette analyse objective, l’on continue a se confier corps et ames aux pratiques anterieures dites democratiques pour se developper economiquement afin de sortir de la pauvrete. Est-ce qu’il n’existe aucune politic plus honnete envers le peuple autre que celle que Mada a adoptee depuis 1960 pour conduire les affaires du pays C’est.Aux intellectuels et Universitaire sur-diplomes d’apporter la reponse. C’est aux patriotes entrepreneurs ,et aux Audacieux convaincus de son leadeurship de prendre la place des decideurs. Ce qui manque cruellement au pays, c’est un mendela malgache, ou un teung shiao peng malgache pour sortir le continent de africain de ce cercle vicieux.

    Rasoa