Notes du passé

Saint-Augustin, terre d’asile des marins et des pirates

La Baie de Saint-Augustin s’ouvre à l’embouchure de l’Onilahy.

En ce début du mois de juin, les Notes revisiteront la Baie de Saint-Augustin dans le Sud, avec Raymond Decary et Urbain Faurec. La vaste Baie de Saint-Augustin s’ouvre sur la côte Sud-ouest, à l’embouchure de l’Onilahy. Protégée par de hautes collines calcaires, elle constitue un excellent abri pour les navires qui redoutent les tempêtes du Canal de Mozambique.

Le long d’une plage de sable blanc que parsèment çà et là les touffes vert clair de tamariniers en boule, un petit village vezo éparpille ses cases de roseau. Raymond Decary et Urbain Faurec écrivent dans la première moitié du XXe siècle : « Sur le rivage, dorment les pirogues grossières faites de bois de farafatse, qui ont apporté les produits de la vallée de l’Onilahy ; tout auprès claquent les voiles légères des embarcations plus stables qui vont conduire ces marchandises jusqu’au port de Tuléar. » Les deux auteurs pensent que l’aspect du pays n’a pas changé depuis les temps lointains.

Le village disperse au hasard, sous l’écrasant soleil, dans le calme hospitalier de la baie, ses cases minuscules, son Hazomanga construit sous un kily (tamarinier) épais et la maisonnette du Vorombe rituel avec son attirail de frustes statuettes de bois, les lyres de ses bucranes, la coupe à tanifotsy (terre blanche) et les bouteilles emplies de miel sacré.

« Tout baigne ici dans une telle atmosphère historique qu’instinctivement le voyageur scrute l’horizon pour essayer d’y voir se dessiner les gréements légers des navires d’autrefois. »

Dès la fin de 1497, Vasco de Gama leur ouvre la voie maritime vers les Indes, en franchissant le Cap Tourmenteux que Jean II de Portugal, désireux de calmer les inquiétudes de ses capitaines, baptise avec facétie Cap de Bonne-Espérance. Mais les assauts imprévus du Canal de Mozambique sont durs aux navires et la Baie de Saint-Augustin s’offre aux équipages qui peuvent réparer leurs avaries, radouber leurs coques et se munir de rafraîchissements divers. Et dès 1517, elle figure
sur la carte du Portugais Pedro Reinel.

En 1641, François Cauche, pionnier français établi au Fort Dauphin, parvient à Saint-Augustin. Il découvre sur les bords du rivage les restes d’une installation hollandaise de la fin du XVIe siècle, et sur la rive droite de l’Onilahy, les ruines d’un petit fort construit par les Français Martin de Vitré et Pyrard de Laval. Ces derniers viennent dans l’île en 1601 à bord de deux navires de Saint-Malo, le « Corbin » et le « Croissant ».

Les « voyageurs » ne sont pas les seuls à demander asile aux sables dorés de Saint-Augustin. Nombre de pirates et de flibustiers s’y installent également : « Bowen, Arnold, Eglasse, Burgess et Mison, entre autres, écumèrent ces parages au cours du XVIIe siècle et se signalèrent par des exactions variées dont les indigènes se souvinrent longtemps. »

Il est d’ailleurs connu que, dès le début du XVIIe siècle, les ravages causés aux navires marchands par les pirates qui infestent la mer des Caraïbes, provoquent de nombreuses expéditions de répression. L’Angleterre, la France et l’Espagne dont le trafic commercial est durement touché, infligent aux « hors-la-loi » des pertes sévères.

« Le pavillon noir et les emblèmes si redoutés de la tête de mort ou du chevreau n’apparurent plus que rarement dans les criques bleues des îles Antilles » (Julien Simyan).
Les boucaniers de la Tortue perdent peu à peu leurs relations partisanes, leurs bases de ravitaillement. Ils cherchent de nouvelles contrées propices au libre exercice de leur activité. Beaucoup tentent leur chance dans l’océan Indien. Parmi eux, Burgess et Arnold.
Assassiné au cours d’un règlement de compte avec ses associés, ce dernier est enterré au sud de la baie, auprès d’une aiguade. « Sur le rocher qui la domine, on lit encore la date de sa mort : 30 mars 1656. »

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