A la une Chronique

Histoire – La femme allemande après la guerre

Les troupes soviétiques défilent à Berlin, en avril 1946.

Le conflit terminé, les femmes allemandes se retrouvèrent seules et affamées dans leurs cités en ruines. Les maris, les frères, les fiancés étaient morts, disparus ou prisonniers. La seule population mâle existante était représentée par quelques poignées de vieillards de la « Volksturm », cette armée de la onzième heure, et par quelques très jeunes gens rescapés des formations de combat de la «Hitlerjugend », qui avaient été jugés trop jeunes pour les camps de prisonniers.
Et puis, il y avait aussi un nouveau venu : l’occupant. Un type d’homme étrange que « l’occupant ». L’anonymat que procure l’uniforme, la joie d’avoir échappé au grand massacre, donnent de l’assurance aux plus timides, et de l’audace aux autres. Enfin, et malheureusement, l’occupant est trop souvent convaincu qu’en pays conquis, la femme qu’il rencontre sur son chemin fait partie intégrante du butin de guerre au même titre que les pavés qu’il foule bruyamment de ses souliers cloutés.
Lorsqu’on évoque devant elles l’entrée des troupes russes sur le territoire du Reich, certaines Allemandes sont prises de tremblements convulsifs. C’est que les unités de choc soviétiques suivirent à la lettre les prescriptions du camarade-écrivain Ylia Ehrenbourg qui recommandait, dans un pamphlet demeuré célèbre, de « briser avec violence la fierté raciale des femmes allemandes ». Toutes les Allemandes, à de rares exceptions près, âgées de 12 (parfois moins) à 60 ans (parfois plus), furent systématiquement violées dans toute l’Allemagne orientale par des soldats avides de vengeance, et qui ne connaissaient plus aucune discipline. Dans les secteurs occidentaux, les troupes alliées se conduisirent beaucoup plus correctement. Il y eut bien, çà et là, quelques cas isolés de viols, mais comme ils étaient sévèrement réprimandés, cette pratique honteuse ne se répandit pas.
Le ravitaillement était des plus précaires à cette époque, et les fourgons alliés regorgeaient de vivres. Les Allemandes prirent vite l’habitude de payer en nature les suppléments de nourriture dont elles avaient le plus urgent besoin. Le mal était contagieux, et ce qui devait arriver, arriva. Une immense vague d’immoralité déferla sur l’Allemagne. Abandonnant tous les préjugés raciaux dont faisait grand cas la propagande hitlérienne, les Aryennes blondes aux yeux bleus ne dédaignaient pas les soldats noirs américains de l’Oncle Sam…

Drames

Les autorités alliées furent obligées de prendre des mesures draconiennes pour éviter la propagation des maladies vénériennes parmi les soldats avides de plaisir. L’immoralité gagna rapidement toutes les couches de la population. Des filles de l’aristocratie prussienne se vendaient pour quelques cigarettes, des mères encourageaient leurs enfants à se prostituer. Ce ne fut un honneur ni pour l’un ni pour l’autre des camps en présence. Vint un moment où le rêve suprême de toute Allemande en âge de prendre mari était d’épouser un soldat allié, de préférence américain. Les statistiques prouvèrent que la plupart de ces « war-brides » ou fiancées de la guerre se mariaient dans le seul but d’acquérir une nouvelle nationalité, et d’échapper aux conditions de vie lamentables qui régnaient en Allemagne.
Puis le drame éclata, ou plutôt les drames, sous la forme du retour massif des prisonniers de guerre. Rares étaient les femmes allemandes qui ne s’étaient pas compromises dans les bras des soldats alliés. Le retour des hommes de l’ex-Wehrmacht envenima les choses. Beaucoup ne retrouvèrent leur épouse que pour s’en séparer aussitôt. Et définitivement. L’Allemagne connut un « boom » du divorce sans précédent. Les fondements mêmes de la famille allemande vacillaient sur leurs bases. On assista à un véritable renversement des valeurs.
(Documentation prise dans le livre« Allemagne…heure zéro » de Walter O. Knittel).

Un détachement de soldats d’occupation.
Une Allemande se maquille avant de descendre dans la rue, le soir.